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Quel sens doit-on accorder à la déclaration publique et
officielle (répétée depuis par Bill Clinton) du Président
américain George Bush, justifiant la mobilisation totale des forces
américaines sur l’échiquier balkanique : “La Serbie est le
péril majeur pour la sécurité et les intérêts
économiques et politiques des Etats-Unis”!
Quelle fin ultime poursuit-on en voulant diviser encore davantage le
territoire de l’actuelle Yougoslavie, partition annoncée lors d’un
entretien accordé par le Secrétaire d’Etat James Baker au
New York Times le 18 avril 1992? Le Secrétaire d’Etat de cette époque
considérait que la Serbie et le Monténégro devaient
être réduits à un territoire plus petit que celui de
la Serbie avant les guerres balkaniques (de 1912 et 1913). Pourquoi? La
géopolitique nous donne la réponse, car elle démontre
l’énorme valeur du territoire yougoslave dans la stratégie
anti-européenne des Etats-Unis et de leur petit cheval de Troie
dans l’UE, la Grande-Bretagne. L’espace géopolitique en question
recèle les voies de communication uniques, actuelles et virtuelles,
terrestres et fluviales, qui relient directement l’Europe occidentale,
centrale et septentrionale au Sud-est européen et, partant, au Moyen-Orient
et à la Mer Caspienne. Tout contrôle hégémonique
sur ce n¦ud de communications terrestres et fluviales, y compris
les oléoducs qui restent à construire, donne à toute
force déterminée à exercer pareille hégémonie,
le pouvoir de conditionner ou de séparer toutes les parties du continent
qui en sont riveraines et, bien sûr, avant toute chose, l’Europe.
Déjà, au siècle passé, la géopolitique
allemande avait mis en exergue la valeur stratégique de cette zone
du Sud-Est européen. Les Allemands avaient projeté la construction
d’un réseau ferroviaire devant relier Hambourg à Bagdad,
la Mer du Nord au Golfe Persique, ce qui aurait constitué un axe
de coprospérité pour tous les peuples vivant autour de cet
axe. Bien sûr, ce projet visait essentiellement à contester
l’hégémonie britannique au Moyen-Orient, reposant sur le
monopole anglais sur le pétrole et les voies maritimes. Pour cette
raison, la politique coloniale britannique a empêché son éclosion,
y compris par des actions militaires.
Le rapport du Général Beck
Le commandant en chef de l’armée austro-hongroise, le Général
Beck, dans un rapport rédigé en décembre 1895, souligne
clairement l’importance géopolitique du Kosovo et de la Metohija,
décrivant cette région comme la clef stratégique permettant
le contrôle des Balkans. La puissance qui parvient à contrôler
cette zone a automatiquement la possibilité de contrôler l’espace
balkanique dans son ensemble, avec toutes ses voies de communication. Le
Général Beck révélait là une preuve
d’ordre historique : l’Empire ottoman n’a pas conquis les Balkans après
la chute de Constantinople mais après sa victoire sur le Champ des
Merles, c’est-à-dire au Kosovo. A Versailles, les artisans occidentaux
qui ont fabriqué la Yougoslavie avaient les mêmes visées
géopolitiques. Pour les alliés atlantistes, la Yougoslavie
devait servir de barrière anti-allemande et anti-européenne.
La résolution sur la Yougoslavie, émise par la loge du Grand
Orient de Paris en mars 1917, salue cet Etat à venir comme “un môle
de civilisation contre l’expansion de la culture pangermanique”. L’Allemagne
actuelle, guidant de fait la Communauté européenne en se
donnant le rôle de médiateur (se révélant toutefois
partial et intéressé) entre les diverses républiques
yougoslaves au moment de la crise séparatiste, a finalement réussi
à détruire ce “môle”, en favorisant, appuyant et légitimant
les sécessions slovène et croate.
Puis, en 1992, les Etats-Unis sont entrés dans le jeu, avec la
ferme intention de construire une alternative offensive (et non plus seulement
défensive) au “môle” anti-allemand et anti-européen.
Cette alternative au rôle qu’avaient dû jouer les première
et seconde Yougoslavies s’appelle “la transversale islamique”, chez les
nouveaux géopolitologues serbes actuels, ou le “Troisième
empire américain”, dans le langage de leurs homologues de Washington.
Le «Troisième Empire américain»
La description la plus synthétique du “Troisième Empire
américain” nous a été donnée par deux rédacteurs
de l’école stratégique de Washington, Michael Lind et Jacob
Hailbrun ; cette synthèse est parue dans les pages de l’International
Herald Tribune du 4 janvier 1996, sous un titre qui résume en lui-même
tout un programme géopolitique: “Le Troisième Empire américain
avec les Balkans comme frontière”.
Selon les deux auteurs de cet essai, par “Premier Empire américain”,
il faut entendre l’ensemble des Amériques. Il a été
suivi chronologiquement par le “Second Empire”, conquis après la
victoire de la seconde guerre mondiale : il comprend l’Europe occidentale
et le Pacifique. Le dernier de ces empires, le Troisième, les Etats-Unis
sont en train de le forger.
“Au lieu de considérer la Bosnie comme une frontière orientale
de l’OTAN, il faut considérer les Balkans comme une frontière
occidentale de l’expansion de la sphère d’influence américaine
en direction du Moyen-Orient. Il faut également se rappeler, que
jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, les Balkans étaient
considérés comme une partie du Proche-Orient et non de l’Europe
(sic!!). Le fait que les Etats-Unis soient beaucoup plus proches de l’Etat
constitué par les Musulmans bosniaques, que leurs alliés
européens, reflète, entre autres choses, le rôle nouveau
que doivent se donner les Etats-Unis : guider une coalition informelle
des nations musulmanes du Golfe [du Golfe Persique, DK] aux Balkans. La
zone qui jadis était sous la domination de l’Empire ottoman deviendra
ainsi le c¦ur du Troisième Empire américain”. Donc
le “Troisième Empire” américain ou la “Transversale islamique”
est constitué d’une chaîne de pays musulmans ou à forte
minorité musulmane, partant de la Turquie, traversant la Bulgarie,
la Macédoine et l’Albanie, pour aboutir à la Bosnie-Herzégovine.
Pour consolider l’intégrité territoriale de cette chaîne,
il manquait l’anneau principal : le Kosovo-Metohija.
Le “Troisième Empire américain” hérite évidemment
des vieilles fonctions statiques du “môle” dressé contre l’expansion
allemande et européenne en direction du Moyen-Orient et contre l’avance
des Russes en direction de la Méditerranée, mais, en plus,
il acquiert de nouvelles fonctions dynamiques. L’intention première
des stratèges de Washington est de ramener l’hégémonie
turque dans les Balkans. Ils présentent dès lors cette hégémonie
comme un «facteur incontournable de stabilité ", mais ils
souhaitent finalement ouvrir de force les portes de l’UE à la Turquie,
qui deviendrait membre à part entière. Depuis de nombreuses
années déjà, Washington insiste pour que l’UE ouvre
ses portes à la Turquie, ce qui aurait pour résultat de déstabiliser
et finalement de désintégrer le monde européen.
Les visions du géopolitologue turc Nazmi Arifi
Pour comprendre les intentions turques et le potentiel explosif
de la Turquie, il suffit de lire les textes de géopolitologues turcs,
qui expriment sans détours leurs aspirations à reconquérir
les Balkans et, dans la foulée, toute l’Europe, avec l’aide des
Etats-Unis et de leur démographie galopante. Pour l’homme doté
de bon sens, citons l’exemple du politologue turc influent, Nazmi Arifi,
qui, dans les pages de la revue Preporod (organe officiel des Musulmans
bosniaques), en date du 15 août 1991, décrivait très
clairement, avec une joie carrément sadique, les conséquences
d’une entrée de la Turquie dans l’UE: “L’Europe a conscience du
potentiel turc. Elle est consciente de la masse démographique turque.
L’Europe regarde la Turquie comme un pays dont la population potentielle
est de 200 millions d’habitants [note de DK : Arifi compte les Turcophones
d’Asie centrale auxquels le gouvernement d’Ankara offre directement la
nationalité turque]. Il est donc logique que l’Europe ne s’opposera
pas à la Turquie. En l’espace de dix années [note de DK :
après l’entrée de la Turquie dans l’UE], la moitié
de la population européenne sera musulmane pour les raisons suivantes
: les peuples musulmans ont une natalité plus élevée,
les migrations économiques en provenance du monde islamique s’installeront
en Europe, la chute libre de la natalité des peuples européens
de souche, les conversions à l’Islam. Ce sont là des faits
que l’Europe, bon gré mal gré, devra accepter”.
Les opinions pareilles à celle que nous venons de citer sont
amplement confirmées par les positions officielles et dans la rhétorique
des hommes politiques turcs, depuis feu Türgüt Özal jusqu’à
l’actuel Président Demirel. Tous ces hommes politiques ont promis
aux Turcs et aux Turcophones que le “21ième siècle sera turc”
et que la Turquie s’étendra “de la Muraille de Chine à l’Adriatique”.
Et quelques-uns ajoutent : “Aussi jusqu’à l’Atlantique!”.
Le “Troisième Empire américain” ou la “Transversale islamique”
offrira la plus grande voie terrestre imaginable aux migrations massives
en provenance du monde islamique ou du Tiers-Monde vers l’Europe, ce qui
modifiera de fond en comble son visage démographique et culturel.
Sans le bouclier serbe, l’Europe aurait été depuis longtemps,
depuis plusieurs siècles, islamisée. Aujourd’hui, cette Europe
remercie la Serbie-bouclier en lui envoyant bombes et missiles. Du point
de vue serbe, cette Europe, du moins cette Europe légale, fait montre
d’une servilité inacceptable face aux Etats-Unis, occupants atlantistes,
ou cultive un esprit masochiste et suicidaire.
Le sort futur de la Russie
De plus, l’occupation du territoire yougoslave vise à transformer
celui-ci en une gigantesque base pour l’OTAN, qui servira, si besoin s’en
faut, à attaquer la Russie, lors d’une future et probable entreprise
guerrière. Il sera facile de mettre en scène un nouveau “casus
belli”, où il faudra répéter une “intervention humanitaire”
: il se trouvera bien quelque part une nouvelle Tchétchénie
ou une ethnie musulmane rebelle dans la Fédération de Russie
pour servir de prétexte. On pourra aussi très facilement
justifier une agression contre la Russie en prétextant que le potentiel
nucléaire pourrait tomber entre les mains des revenchistes
- qualifiés pour les besoins de la propagande de “fascistes” ou,
pire, de “nationaux-communistes”. Le scénario a déjà
été imaginé, notamment par Zbigniew Brzezinski, dans
sa dernière esquisse de géopolitique anticipative, Le Grand
Echiquier, où il évoque la possibilité de diviser
la Russie en trois Etat “pour mieux la moderniser”. Il suffit de consulter
quelques bons atlas géographiques pour se rendre compte que cette
stratégie colonialiste rencontre les intérêts mondialistes
et globalistes qui lorgnent vers les immenses richesses du pays.
L’occupation de la Yougoslavie, que ce soit sous une forme hard ou soft
(avec l’instauration d’un gouvernement fantoche), vise à contrôler,
dominer et monopoliser toutes les communications terrestres et fluviales
entre l’Europe et le Moyen-Orient, entre l’Europe et la zone caucasienne
ou la Mer Caspienne. De fait, la destruction des ponts sur le Danube, suite
à des bombardements répétés, a déjà
bloqué le trafic fluvial et interrompu l’acheminement des marchandises
vers l’Europe en provenance de la région pontique (Mer Noire). L’occupation
de la Yougoslavie vise aussi à fermer définitivement l’unique
passage libre et virtuel vers la Méditerranée pour l’économie
russe. La Russie n’a plus qu’à passer par le Bosphore, qui reste
sous la souveraineté de la Turquie, fidèle vassal traditionnel
des puissances anglo-saxonnes, par haine de la tradition et de l’Europe.
Si l’OTAN, avec la complicité servile et masochiste des gouvernements
européens, parvient à détruire le bouclier serbe,
la possibilité de sceller une grande alliance entre l’Europe occidentale
et la Russie sera définitivement enterrée, alors que cette
alliance à été le grand rêve de nos maîtres,
de Nietzsche à Dostoïevski. Dans une perspective aussi lugubre,
l’Europe ne sera plus qu’une province américaine marginale, puis
deviendra l’un des déserts du Tiers-Monde.
Il faut non seulement espérer mais agir et combattre pour faire
en sorte que ce “rêve américain” ne devienne pas réalité.
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