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Les chansons de Fabrizio de André pour la première fois en langue française. Traductions de Joëlle Iannicelli [JI] et Riccardo Venturi [RV]. -------------------------------------------------------------------- Fabrizio De André est né à Gênes le 18 février 1940. Son père salua sa naissance en jouant sur un grammophone la "Valse de Campagne" de Gino Marinuzzi jr.; vingt-cinq ans plus tard, Fabrizio de André utilisera le même thème pour sa "Valse pour un amour". Quand la guerre éclata, les De André durent se réfugier dans une ferme près de Revignano d’Asti, en Piémont. Le père de Fabrizio était anti-fasciste et prit le maquis pour échapper à la police. En 1945, les De André retournèrent à Gênes; Fabrizio alla à l’école primaire, d’abord à l’École des Sœurs Marcelliennes et après à l’école publique Cesare Battisti. Après son examen de fin d’études, il s’inscrivit en droit à l’Université de Gênes; mais il arrêta ses études six examens avant de passer son doctorat. Fabrizio de André avait un fort penchant pour la musique; il étudie le violon et la guitare et joue avec des jazz-bands locales (le jazz était son "premier amour"). Sa carrière d’auteur et chansonnier commence à la fin des années 50, sous l’influence décisive des chansonniers français, surtout Georges Brassens, dont il traduisait les chansons en italien, qu'il ajoutait ensuite à son répertoire. En 1958 Fabrizio de André enregistre ses premières deux chansons, "Nuvole barocche" ("Nuages baroques") et "E fu la notte" ("Et la nuit tomba"); en 1962 il se marie avec Puny Rignon, une jeune femme génoise plus âgée que lui de presque dix ans. Le premier et seul enfant du couple, Cristiano, naît peu après le mariage; il marchera sur les pas de son père et deviendra lui-même un musicien et un chansonnier. Les années suivantes, Fabrizio de André écrit des chansons qui le font connaître au public et qui deviennent assez tôt ses "classiques": "La guerra di Piero" ("La guerre de Pierre"), "La ballata dell’eroe" ("La ballade du héros"), "Il testamento" ("Le testament"), "La ballata del Michè" ("La ballade de Michel"), "Via del Campo" ("Via del Campo", d’après le nom d’une rue du vieux Gênes), "La canzone dell’amore perduto" ("La chanson de l’amour perdu"), "La città vecchia" ("La vieille ville"), "Carlo Martello ritorna dalla battaglia di Poitiers" ("Le retour de Charles Martel de la bataille de Poitiers", écrite avec son ami Paolo Villaggio) et, surtout, "La canzone di Marinella" ("La chanson de Marinella"). En 1968, Mina, sans doute une des chanteuses italiennes les plus célèbres dans le monde entier, chante et enregistre "Marinella": c’est la consécration pour l’auteur, qui est salué le principal "cantautore" italien. Le premier LP de Fabrizio de André, "Volume I", paraît en 1968, suivi de "Tutti morimmo a stento" ("Tous nous sommes morts avec peine") et de "Volume II"; les deux albums escaladent les hit-parades italiennes. En 1970 Fabrizio de André compose "La buona novella" ("La Bonne Nouvelle"), un "concept album" sur la vie de Jésus inspiré des Évangiles apocryphes. L’album, et surtout la chanson "Il Testamento di Tito" ("Le testament de Titus"), où un des deux larrons crucifiés avec Jésus confute très violemment les dix commandements, font un grand bruit. Il faut dire que Fabrizio de André, qui était anarchiste et athée comme son "maître" Brassens, avait composé un certain nombre de chansons (p.ex. "Preghiera in gennaio", "Prière en janvier" et "Si chiamava Gesù", "Il s’appelait Jésus") où il montrait d’apprécier l’esprit chrétien; ces chansons étaient chantées même dans les paroisses. "Le testament de Titus" ne l’a jamais été. En 1971 Fabrizio de André compose un autre album qui va devenir célèbre: "Non al denaro, non all’amore, né al cielo" ("Ni à l’argent, ni à l’amour, ni au ciel"), inspiré de l’ "Anthologie de Spoon River" du poète américain Edgar Lee Masters. L’album était précedé d’une interview à Fernanda Pivano, la première traductrice italienne de l’ "Anthologie" et une des amies les plus chères de Cesare Pavese. Le nom de Fabrizio de André était associé de plus en plus souvent à la littérature et à la poésie, et ses chansons commençaient à être publiées dans les anthologies litteraires pour les lycées. En 1973 Fabrizio de André compose son album le plus engagé politiquement, "Storia di un Impiegato" ("Histoire d’un Rond-de-Cuir"); l’année suivante, De André fait paraître "Canzoni" ("Chansons"), une collection de ses traductions de Georges Brassens, Leonard Cohen et Bob Dylan. L’album comprend aussi un certain nombre de ses vieilles chansons des années 60. En 1975, Fabrizio de André (qui avait divorcé d’avec sa femme Puny et trouvé un nouvel amour avec la "folksinger" Dori Ghezzi) compose son "Volume III" en collaboration avec un autre chansonnier italien très célèbre, Francesco de Gregori. Avec cet album, De André "rompt les ponts" avec sa tradition à la recherche de nouvelles voies pour sa poésie et sa musique. Les nouvelles chansons mettent en évidence la très profonde influence de la poésie contemporaine sur l’œuvre de Fabrizio de André. L’an 1975 est une véritable ligne de partage dans la vie de Fabrizio de André: il recommence à s’exhiber et organise une mémorable tournée de concerts (après ses premiers exhibitions en public, il n’avait plus donné aucun concert et avait paru seulement deux ou trois fois à la télé); il médite d’aller s’établir en Sardaigne avec son nouvel amour. Dans ce but, il achète la ferme d’Agnata, près de Tempio Pausania, et s’adonne à l’agriculture et à l’élevage. En 1977 le nouveau couple a une fille, Luisa Vittoria (surnommée "Luvi"); l’année suivante, Fabrizio de André compose un nouvel album, "Rimini" en collaboration avec un jeune chansonnier et auteur véronais, Massimo Bubola. L’an 1979 marque une autre pierre miliaire dans la vie de Fabrizio de André. L’année commence avec une tournée vraiment mémorable, dont on tire un album double qui fait époque; De André est accompagné par une des plus célèbres pop bands italiennes, la Premiata Forneria Marconi (PFM). Mais une expérience terrible attend Fabrizio de André et Dori Ghezzi. A la fin d’août ils sont kidnappés par des bandits sardes et faits prisonniers sur l’inaccessible montagne du Supramonte. Quatre mois plus tard, le couple est remis en liberté; quand la Police arrête les bandits, Fabrizio de André est appelé en témoignage devant la Court, mais il refuse de dénoncer ses kidnappeurs et solidarise avec eux. "C’étaient eux les vrais prisonniers, pas moi": ces mots sont un exemple frappant de la mentalité de Fabrizio de André. Cet épisode dramatique et la vie dure du peuple sarde donnent à Fabrizio de André l’inspiration pour des nouvelles chansons. L’album n’a pas de titre, mais il est connu comme "L’Indiano" ("L’Indien") pour l’image d’un peau-rouge qui se trouve sur la couverture. En 1984, Fabrizio de André se rapproche du dialecte génois et compose, avec le musicien Mauro Pagani, un de ses albums les plus célèbres, "Creuza de mä". Les chansons, entièrement en génois, sont un hommage à la musique traditionnelle de tous les pays méditerranéens; l’album remporte des prix à foison et est salué "le meilleur album italien des années 80". En 1989, Fabrizio de André épouse Dori Ghezzi; l’année suivante il fait paraître son nouvel album, "Le Nuvole" ("Les Nuages"), qui comprend deux autres chansons en génois, une chanson dans le dialecte sarde de la Gallura ("Monti di Mola") et une en napolitain ("Don Raffaè"). La tournée qui s’ensuit se tourne en un triomphe et l’on tire d’elle un "live" double ("Concerts de 1991"). En 1992 Fabrizio de André organise une nouvelle tournée et s’exhibe pour la première fois dans des théâtres. Le dernier album original de Fabrizio de André, "Anime salve" ("Âmes sauvées"), paraît en 1996. Il s’agit d’une sorte de "testament spirituel" qui comprend des chansons comme "Khorakhané" (dediée au peuple Rom), "Disamistade" (qui a été traduite en anglais et chantée par les Walkabouts) et "Smisurata preghiera" ("Prière infinie"), inspiré de la "Saga de Maqroll, le gabier" de l’écrivain argentin Álvaro Mutis. Fabrizio de André a chanté aussi une version espagnole de la chanson. En 1997, Fabrizio de André organise une nouvelle tournée et fait paraître un nouvel album-collection, "M’innamoravo di tutto" ("Je tombais amoureux de tout"). Cet album-hommage comprend une version de "La canzone di Marinella" en duo avec Mina. La tournée "Anime salve" continue jusqu’à la fin de l’été de 1998, mais elle doit être interrompue aux premiers symptômes d’une maladie très sérieuse; malheureusement, il s’agit d’un cancer. Fabrizio de André est mort à Milan le 11 janvier 1999, à deux heures du matin. Deux jours plurs tard il est enterré à Gênes, sa ville natale; l’enterrement est suivi par une foule immense. Fabrizio de André repose dans le cimetière monumental de Staglieno, dans la chapelle de famille. Riccardo Venturi et Joëlle Iannicelli. |
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![]() Preghiera in Gennaio [RV] Laisse que son chemin Soit parsemé de fleurs Lorsqu'il aura à rendre A toi son âme, Seigneur, Et au monde sa peau Lorsqu'il viendra à ton ciel Où les étoiles brillent Sans cesse et au grand jour. Et lorsqu'il passera Par le dernier vieux pont Il dira aux suicidés Tout en baisant leur front: Suivez-moi au Paradis, Là où moi aussi je vais Car il n'y a pas d'enfer Au monde du bon Dieu. Qu'il puisse, avec ses os Fatigués, Vous rejoindre Suivi par de milliers De figures pâles, blanches, Et qu'il revienne à Vous Avec les outragés Qui au Ciel et à la Terre Leur courage ont montré. Et n'en déplaise à vous, Les bourgeois bien-pensants, Si Dieu, si tous les Saints Du Ciel vont étouffer Dans leur bras les sanglots De ces lèvres éteintes Qui à la haine, à l'ignorance La mort ont préferé. Dieu de miséricorde, Ton beau Paradis Tu l'as fait avant tout Pour ceux qui n'ont pas souris Pour ceux qui ont vécu Sans tacher leur conscience, L'enfer seulement existe Pour ceux qui en ont peur. Nul mieux que lui ne pourra Te montrer les erreurs Que tous les hommes font Et que Tu peux sauver. Écoute maintenant Sa voix chantant au vent, Dieu de miséricorde, Tu en seras content. [ Lascia che sia fiorito, Signore, il suo sentiero Quando a te la sua anima e al mondo la sua pelle Dovrà riconsegnare, quando verrà al Tuo cielo Là dove in pieno giorno risplendono le stelle. Quando attraverserà l’ultimo vecchio ponte Ai suicidi dirà, baciandoli alla frotne "Venite in Paradiso, là dove vado anch’io Perché non c’è l’inferno nel mondo del buon Dio." Fate che giunga a voi con le sue ossa stanche Seguito da migliaia di quelle facce bianche, Fate che a voi ritorni fra i morti per oltraggio Che al cielo ed alla terra mostrarono il coraggio. Signori benpensanti, spero non vi dispiaccia Se in cielo, in mezzo ai santi, Dio, fra le sue braccia Soffocherà il singhiozzo di quelle labbra smorte Che all’odio e all’ignoranza preferirono la morte. Dio di misericordia, il Tuo bel Paradiso Lo hai fatto soprattutto per chi non ha sorriso, Per quelli che han vissuto con la coscienza pura; L’inferno esiste solo per chi ne ha paura. Meglio di lui nessuno mai ti potrà indicare Gli errori di noi tutti che puoi e vuoi salvare. Ascolta la sua voce che ormai canta nel vento, Dio di misericordia, vedrai, sarai contento. ] ****** VIA DEL CAMPO Via del Campo [JI] Via del Campo, il est une gracieuse Aux grands yeux de couleur feuille Tout la nuit reste sur son seuil Elle vend à tous la même rose. Via del Campo, il est une enfant Aux lèvres de couleur rosée Les yeux gris comme le pavé Il pousse des fleurs sur son chemin. Via del Campo il est une putain Aux grands yeux de couleur feuille Si de l'aimer te prend l'envie Prends-là juste par la main. Et tu as l'impression de t'envoler Elle te regarde et te sourit Tu ne pensais pas que le paradis Se trouvait juste là, au premier. Via del Campo s'y rend un naïf A la demander en mariage A la regarder grimper les étages Jusqu'à ce que le balcon soit fermé. Aime et ris tant qu'amour répond Pleure fort s'il ne t'entend Il ne pousse rien sur les diamants Sur le fumier naissent les fleurs. [ Via del Campo c'è una graziosa, Gli occhi grandi, color di foglia Tutta notte sta sulla soglia, Vende a tutti la stessa rosa. Via del Campo c'è una bambina Con le labbra color rugiada, Gli occhi grigi come la strada, Nascon fiori dove cammina. Via del Campo c'è una puttana, Gli occhi grandi, color di foglia, Se di amarla ti vien la voglia Basta prenderla per la mano. E ti sembra di andar lontano, Lei ti guarda con un sorriso, Non credevi che il paradiso Fosse solo lì al primo piano. Via del Campo ci va un illuso A pregarla di maritare, A vederla salir le scale Fino a quando il balcone è chiuso. Ama e ridi se amor risponde, Piangi forte se non ti sente, Dai diamanti non nasce niente, Dal letame nascono i fiori, Dai diamanti non nasce niente, Dal letame nascono i fior. ] ****** LE MAUVAIS CHEMIN La cattiva strada [RV] À la parade militaire Il cracha sur un innocent, Quand il lui demanda: Pourquoi? Il lui répondit, Ça n’ fait rien, Faut que je m’en aille, maintenant Et l’innocent alla avec lui, Sans être armé, il le suivit Sur son mauvais chemin. Sur les boul’vards derrièr’ la gare Il vola à un’ reine son argent, Quand elle lui demanda: Pourquoi? Il lui répondit, Peut-être est-ce mieux, comme avant, Faut que je m’en aille, maintenant Et la reine alla avec lui, Avec sa peine, elle le suivit Sur son mauvais chemin. Et, une nuit sans lune il tru- qua les étoiles à un aviateur, Et quand son avion tomba du Ciel, il lui dit, C’est la faute à c’lui qui meurt, Faut que je m’en aille, maintenant Et l’aviateur alla avec lui, Sans les étoiles, il le suivit Sur son mauvais chemin. À un garçon ivre de dix-huit ans Encore un’ goutte il versa à boir’, Et comm’ c’lui-là le regardait, Il dit, Mon ami, je pari’ que tu m’vais dir’ Qu’il faut q’je m’en aille, maintenant Le jeune ivrogne l’entendit Et, sans rien dire, il le suivit Sur son mauvais chemin. À un procès pour des faits d’amour Il embrassa tous les jurés, Comm’ ils le regardaient gênés, Il dit, Voilà, c’est plus normal, C’est mieux, il est juste, juste, Juste que m’en aille, Les jurés allèr’nt avec lui, La bouche ouverte ils l’ont suivi Sur son mauvais chemin. Sur son mauvais chemin. Et puis, quand il a disparu, À ceux qui disaient, Quel malheur, À ceux qui disaient, Quel bonheur Il dit, Faut pas q’vous me suiviez Où que je me n’aille maintenant, Mais y a un peu d’amour pour tous, Et tout le monde a un peu d’amour Sur le mauvais chemin, Sur le mauvais chemin. [ Alla parata militare sputò negli occhi a un innocente, e quando lui chiese "perché?" lui gli rispose "questo è niente" e adesso è ora che io vada, e l’innocente lo seguì, senza le armi lo seguì, sulla sua cattiva strada. Sui viali dietro la stazione rubò l’incasso a una regina, e quando lei gli disse "come" lui le rispose "forse è meglio, è come prima, forse è ora che io vada", e la regina lo seguì, col suo dolore lo seguì, sulla sua cattiva strada. E in una notte senza luna truccò le stelle ad un pilota; quando l'aeroplano cadde, lui disse "è colpa di chi muore, comunque è meglio che io vada", ed il pilota lo seguì, senza le stelle lo seguì, sulla sua cattiva strada. A un diciottenne alcolizzato versò da bere ancora un poco e mentre quello lo guardava lui disse "amico, ci scommetto, stai per dirmi adesso è ora che io vada", l’alcolizzato lo capì, non disse niente e lo seguì, sulla sua cattiva strada. Ad un processo per amore baciò le bocche dei giurati, e ai loro sguardi imbarazzati rispose "adesso è più normale, adesso è meglio, adesso è giusto, giusto, è giusto che io vada" ed i giurati lo seguirono, a bocca aperta lo seguirono, sulla sua cattiva strada, sulla sua cattiva strada. E quando poi sparì del tutto, a chi diceva "è stato un male, a chi diceva "è stato un bene" raccomandò "non vi conviene venir con me dovunque vada, ma c’è amore un po’ per tutti e tutti quanti hanno un amore sulla cattiva strada, sulla cattiva strada". ] ****** |
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La guerra di Piero [JI] Tu reposes étendu dans un champs de blé Ce n'est pas la rose, ce n'est pas l'oillet Qui te veillent depuis l'ombre des fossés Mais ce sont mille coquelicots rouges. Le long des berges de mon torrent Je veux que descendent les poissons d'argent Et non plus les cadavres des soldats Emportés par le courant. Ainsi pensais-tu, et c'était l'hiver Et comme les autres vers l'enfer Tu t'en vas triste comme il se doit Le vent te crache la neige au visage. Arrête-toi, Pierre, arrête-toi maintenant Laisse que le vent te caresse un peu Des morts en bataille il emporte la voix Qui donna sa vie en échange eut une croix. Mais tu ne l'entendis pas et le temps passa Avec les saisons, sur un pas de java Et tu parvins à percer la frontière Par un belle matinée printanière. Et pendant que tu marchais, ta peine en fardeau Tu vis un homme au fond de la vallée Qui partageais avec toi ton humeur Mais son uniforme était d'une autre couleur. Tire, Pierre, tire maintenant ! Et après le premier coup, tire encore, Jusqu'à ce que tu ne le vois, tout blanc, Glisser à terre et recouvrir son sang. Mais si je tire au front ou dans le cour Il n'aura que le temps de mourir Mais il à moi restera le temps pour cueillir Le dernier regard d'un homme qui se meurt. Et pendant que tu lui accordes ce répit Celui-là se retourne, te vois et s'affole Et, saisissant l'artillerie Ne te rend pas ta courtoisie. Tu tombas à terre sans une plainte Et t'aperçus en un instant Que le temps allait te manquer Pour expier chaque péché. Tu tombas à terre sans une plainte Et t'aperçus en un instant Que ta vie s'arrêtait en ce jour Et qu'il n'y aurais pas de retour. Ma Ninon, pour crever en mai Il faut beaucoup, trop de courage Ma belle Ninette, tout droit en enfer J'aurais préféré partir en hiver. Et pendant que le blé t'écoutait Dans tes mains ton fusil tu serrais Dans ta bouche tu serrais des mots Trop gelés pour se fondre au soleil. Tu reposes étendu dans un champs de blé Ce n'est pas la rose, ce n'est pas l'oillet Qui te veillent depuis l'ombre des fossés Mais ce sont mille coquelicots rouges. [ Dormi sepolto, in un campo di grano, non è la rosa, non è il tulipano che ti fan veglia dall’ombra dei fossi, ma sono mille papaveri rossi. Lungo le sponde del mio torrente voglio che scendano i lucci argentati, non più i cadaveri dei soldati portati in braccio dalla corrente. Così dicevi ed era d'inverno, e, come gli altri, verso l'inferno te ne vai, triste come chi deve, il vento ti sputa in faccia la neve. Fermati Piero, fermati adesso, lascia che il vento ti passi un po' addosso, dei morti in battaglia ti porti la voce, chi diede la vita ebbe in cambio una croce. Ma tu non lo udisti e il tempo passava con le stagioni a passo di giava, ed arrivasti a passar la frontiera in un bel giorno di primavera. E mentre marciavi con l'anima in spalle, vedesti un uomo in fondo alla valle, che aveva il tuo stesso identico umore, ma la divisa di un altro colore. Sparagli Piero, sparagli ora, e, dopo un colpo, sparagli ancora, fino a che tu non lo vedrai esangue cadere in terra a coprire il suo sangue. E se gli sparo in fronte o nel cuore, soltanto il tempo avrà per morire, ma il tempo a me resterà per vedere, vedere gli occhi di un uomo che muore. E mentre gli usi questa premura quello si volta, ti vede, ha paura, ed imbracciata l'artiglieria non ti ricambia la cortesia. Cadesti a terra, senza un lamento, e ti accorgesti in un solo momento che il tempo non ti sarebbe bastato a chieder perdono per ogni peccato. Cadesti a terra, senza un lamento, e ti accorgesti in un solo momento che la tua vita finiva quel giorno e non ci sarebbe stato ritorno. Ninetta mia, crepare di Maggio, ci vuole tanto, troppo coraggio; Ninetta bella, dritto all'inferno avrei preferito andarci in inverno. E mentre il grano ti stava a sentire, dentro alle mani stringevi il fucile, dentro alla bocca stringevi parole troppo gelate per sciogliersi al sole. Dormi sepolto, in un campo di grano, non è la rosa, non è il tulipano che ti fan veglia dall'ombra dei fossi, ma sono mille papaveri rossi. ] ****** LE RÊVE DE MARIE Il sogno di Maria [JI] Dans l'alcôve humide et sombre du temple L'ombre était froide, gorgée d 'encens. L'ange comme chaque soir vint, Pour m'apprendre une nouvelle prière Puis soudain il dénoua mes mains Et mes bras en ailes se changèrent Quand il me demanda « Connais-tu le printemps ? » Moi, pour un jour, pour un instant, Je courus voir la couleur du vent. Nous volâmes vraiment au-dessus des maisons Au-delà des jardins, des chemins, des barrières Puis nous glissâmes entre des vallées fleuries Où la vigne enlace l'olivier Nous descendîmes là où le jour se perd, En se cherchant, enfoui dans tout ce vert Et il parla comme quand on prie Et à la fin de chaque prière Une vertèbre de mon dos était égrenée. Les longues ombres des prêtres restreignirent mon rêve en un cercle de voix Avec mes ailes d'avant, je voulus m'échapper Mais le bras était nu, et ne pu s'envoler Puis je vis l'ange se changer en comète Et les visages sévères se changèrent en pierre En branches se changèrent les profils de leurs bras Dans le geste immobile d'une autre vie Feuilles les mains, épines les doigts. Les voix de la rue, le bruit des gens Me volèrent à mon rêve pour me rendre au présent Les images s'effacent, les couleurs ont déteint Mais de quelques paroles l'écho lointain Répétait d'un ange l'étrange prière Qui peut-être était vraie, mais peut-être chimère « Ils l'appelleront Fils de Dieu» Paroles confuses dans mon esprit Evanouies dans un rêve, mais marquées en mon sein. Et la voix maintenant tarie se fondit en pleurs Mais la peur, quittant les lèvres envahit les yeux Mi-clos dans un geste d'un calme apparent Qui se consume dans l 'attente d'un regard indulgent. Et toi, doucement, tu posas ta paume à la naissance de ses cheveux Les vieux, quand ils caressent, ont peur de le faire trop fort. [ Nel grembo umido, scuro del tempio, l’ombra era fredda, gonfia d’incenso; l’angelo scese, come ogni sera, ad insegnarmi una nuova preghiera. Poi, d’improvviso, mi sciolse le mani e le mie braccia divennero ali; quando mi chiese "conosci l’estate" io per un giorno, per un momento, corsi a vedere il colore del vento. Volammo davvero sopra le case, oltre i cancelli, gli orti, le strade; poi scivolammo tra valli fiorite, dove all’ulivo si abbraccia la vite. Scendemmo là, dove il giorno si perde a cercarsi da solo nascosto tra il verde, e lui parlò come quando si prega, ed alla fine di ogni preghiera contava una vertebra della mia schiena. Le ombre lunghe dei sacerdoti costrinsero il sogno in un cerchio di voci. Con le ali di prima pensai di scappare, ma il braccio era nudo e non seppe volare; poi vidi l’angelo mutarsi in cometa e i volti severi divennero pietra, le loro braccia profili di rami, nei gesti immobili di un’altra vita, foglie le mani, spine le dita. Voci di strada, rumori di gente, mi rubarono al sogno per ridarmi al presente. Sbiadì l’immagine, stinse il colore, ma l’eco lontana di brevi parole ripeteva d’un angelo la strana preghiera dove forse era sogno, ma sonno non era; "lo chiameranno figlio di Dio", parole confuse nella mia mente svanite in un sogno, ma impresse nel ventre. E la parola ormai sfinita si sciolse in pianto, ma la paura dalle labbra si raccolse negli occhi semichiusi nel gesto d’una quiete apparente che si consuma nell’attesa d’uno sguardo indulgente. E tu piano posasti le dita all’orlo della sua fronte; i vecchi, quando accarezzano, hanno il timore di far troppo forte. ] ****** AMI FRAGILE Amico fragile [RV] Évaporé dans un nuage rouge, dans une des mille fentes de la nuit avec un besoin d’attention et d’amour trop "Si tu m’aimes, pleure donc" pour qu’on le partageât, valait la pein’ de vous amuser, dans les soirs d’été, tout simplement avec un "je me rappelle"... Pour vous regarder louer un kilo d’herbe aux paysans retraités et à leurs femmes et offir à pleines mains des océans, et encor’ d’autres vagues aux mâtelots en service jusqu’à découvrir, une par une, toutes vos cachettes sans regretter ma crédulité: car, dès la premièr’ tranchée, j’étais déjà plus curieux que vous, j’étais déjà bien plus curieux que vous. Et puis, suspendu entre vos "Comment ça va", étonné par des lieux moins communs et plus féroces du typ’, "Comment vas-tu, ami, ami fragile, si tu veux, une heure par mois je pourrai m’occuper de toi", "Vous savez que j’ai perdu deux enfants?" "Madame, vous êtes plutôt étourdie..." Encore, tué par votre courtoisie à l’heure où un de mes rêves, danseuse de deuxième rang, ell’ agitait, je n’sais pour quel avenir, son présent fait de gros seins, sa césarienne récente, j’pensais, il est si beau que, là où mes doigts terminent, une guitarre commence, de quelque façon. Et puis, assis entre vos au revoir, j’me sentais moins fatigué que vous, j’étais beaucoup moins fatigué que vous... J’aurais pu picoter l’inconnue sur son pantalon jusqu’à la voir rester bouche bée, ou demander à un quelconque de mes fils qu’il dise encor’ du mal, et à voix haute, de moi, ou troquer ma guitarre, mon heaume contre une boîte en bois qui dit "nous perdrons". J’aurais pu vous demander le nom de votre chien, quant au mien, y a du temps qu’il s’appelle "Libre", J’aurai pu engager un cannibale par jour Pour qu’il m’enseigne combien je suis loin des étoiles, ou traverser de litres, de litres de corail pour parvenir à un lieu qui s’appelle "au revoir"... Et non, au grand jamais, je n’ai pensé Que j’étais plus ivre que vous, Que j’étais beaucoup plus ivre que vous. [ Evaporato in una nuvola rossa in una delle molte feritoie della notte, con un bisogno d’attenzione e d’amore, troppo "se mi vuoi bene, piangi" per essere corrisposti; valeva la pena divertirsi le serate estive con un semplicissimo "mi ricordo"; per osservarvi affittare un chilo d’erba ai contadini in pensione e alle loro donne, e regalare a piene mani oceani ed altre, ed altre onde ai marinai in servizio; fino a scoprire ad uno ad uno i vostri nascondigli, senza rimpiangere la mia credulità; perché, già dalla prima trincea, ero più curioso di voi, ero molto più curioso di voi. E poi, sospeso tra i vostri "come stai", meravigliato da luoghi meno comuni e più feroci tipo "come ti senti amico, amico fragile, se vuoi potrò occuparmi un’ora al mese di te" "lo sa che io ho perduto due figli" "signora lei è una donna piuttosto distratta". E ancora ucciso dalla vostra cortesia nell’ora in cui un mio sogno, ballerina di seconda fila, agitava, per chissà quale avvenire, il suo presente di seni enormi e il suo cesareo fresco; pensavo, è bello che dove finiscono le mie dita debba in qualche modo incominciare una chitarra. E poi, seduto in mezzo ai vostri arrivederci, mi sentivo meno stanco di voi, ero molto meno stanco di voi. Potevo stuzzicare i pantaloni della sconosciuta fino a vederle spalancarsi la bocca; potevo chiedere ad uno qualunque dei miei figli di parlare ancora male e ad alta voce di me. Potevo barattare la mia chitarra e il suo elmo con una scatola di legno che dicesse perderemo; potevo chiedervi come si chiama il vostro cane, il mio è un po’ di tempo che si chiama Libero; potevo assumere un cannibale al giorno per farmi insegnare la mia distanza dalle stelle; potevo attraversare litri e litri di corallo per raggiungere un posto che si chiamasse arrivederci. E mai che mi sia venuto in mente di essere più ubriaco di voi, di essere molto più ubriaco di voi. ] ****** L'ENFANCE DE MARIE L'infanzia di Maria [JI] Ce fût peut-être à la troisième, ou à la neuvième heure On broda joliment quelques lis sur ton cœur Peut-être par besoin, ou pire, pour l'exemple Ils prirent tes trois ans, et les menèrent au temple. Ils prirent tes trois ans, et les menèrent au temple. Il n'y eut plus le sein d'Anna, entre les murs discrets Pour tes pleurs consoler, pour ta soif étancher On dit que c'est un ange qui t'a raconté les heures Qui a mesuré ton temps, entre repas et Seigneur. Qui a mesuré ton temps, entre repas et Seigneur. La neige fond au soleil, l'eau retourne à la mer Le vent et les saisons recommencent à jouer Mais pas pour toi, fillette, qui te prosternes au temple. Mais pas pour toi, fillette, qui te prosternes au temple. Et quand les prêtres te refusèrent l'asile Tu avais douze ans, innocente en toute chose Mais pour les prêtres, ton printemps était en cause Car ta virginité de rouge se teintait. Car ta virginité de rouge se teintait. Et on voulut marier qui n'en avait pas envie On rechercha en ville, la campagne on battit, -le peuple sans épouse, les hommes de toutes classes Du corps d'une vierge font un premier prix. Du corps d'une vierge font un premier prix. Dénouez ses cheveux, et voyez ! Ils accourent déjà. Voyez, voyez, elle dénoue ses cheveux Ils sont plus longs que nos manteaux Voyez, si tendre et pâle sa peau Elle resplendit comme neige au soleil Voyez ses mains, son visage aussi Elle semble venue du Paradis Voyez son corps, ses proportions Elle semble créée pour la tentation. Voyez, voyez, elle dénoue ses cheveux Ils sont plus longs que nos manteaux Voyez ses mains, son visage aussi Elle semble venue du Paradis. Voyez ses yeux, voyez ses cheveux, Voyez sa gorge, voyez ses mains, Voyez son visage, voyez son teint Voyez les cheveux du Paradis. Voyez son teint, voyez sa gorge Elle semble venue de son sourire Voyez ses yeux, et la neige aussi Voyez le teint du Paradis. Et ce fut toi, Joseph, un revenant du passé Charpentier par besoin, père de métier A te voir confiée par un incongru destin Une fille de plus, sans aucune raison Une enfant envers qui tu n'avais pas d'intentions. Et pendant que tu t'en vas, fatigué de fatigues Tenant l'enfant d'une main, la tristesse comme bagage, Tu penses « Ces prêtres la donnèrent en mariage A une main trop sèche pour toucher une rose, A un cour trop vieux qui maintenant se repose. » [ Forse fu all’ora terza, forse alla nona, cucito qualche giglio sul vestitino alla buona, forse fu per bisogno o peggio per buon esempio, presero i tuoi tre anni e li portarono al tempio. Non fu più il seno di Anna, fra le mura discrete, a consolare il pianto, a calmarti la sete; dicono fosse un angelo a raccontarti le ore, a misurarti il tempo fra cibo e Signore. Scioglie la neve al sole, ritorna l’acqua al mare, il vento e la stagione ritornano a giocare. Ma non per te bambina, che nel tempio resti china. E quando i sacerdoti ti rifiutarono alloggio avevi dodici anni e nessuna colpa addosso; ma per i sacerdoti fu colpa il tuo maggio, la tua verginità che si tingeva di rosso. E si vuol dar marito a chi non lo voleva, si batte la campagna, si fruga la via. Popolo senza moglie, uomini d’ogni leva, del corpo di una vergine si fa lotteria. Sciogli i capelli e guarda, già vengono! (coro) Guardala, guardala, scioglie i capelli, sono più lunghi dei nostri mantelli, guarda la pelle, tenera, lieve, risplende al sole come la neve. Guarda le mani, guardale il viso, sembra venuta dal Paradiso; guarda le forme, la proporzione, sembra venuta per tentazione. Guardala, guardala, scioglie i capelli, sono più lunghi dei nostri mantelli; guarda le mani, guardale il viso, sembra venuta dal Paradiso. Guardale gli occhi, guarda i capelli, guarda le mani, guardale il collo, guarda la carne, guarda il suo viso, guarda i capelli del Paradiso. Guarda la carne, guardale il collo, sembra venuta dal suo sorriso, guardale gli occhi, guarda la neve, guarda la carne del Paradiso. E fosti tu Giuseppe, un reduce del passato, falegname per forza, padre per professione, a vederti assegnata da un destino sgarbato una figlia di più senza alcuna ragione, una bimba su cui non avevi intenzione. E mentre te ne vai, stanco di essere stanco, la bambina per mano, la tristezza di fianco, pensi quei sacerdoti la diedero in sposa a dita troppo secche per chiudersi su una rosa, a un cuore troppo vecchio che ormai si riposa. ] ****** LE DIMANCHE DES RAMEAUX MORTS La domenica delle salme [RV] Il prit un bus et s’enfuit, Vers six heur’s du matin, De la bouteill’ de pastis Où Milan flotte, il ne fut Pas difficile de le suivre, Le poète de l’hospice, Son âme allumée donnait De la lumière d’ampoule On lui a brûlé le lit Sur la route de Trente, Il s’est sauvé de sa barbe, Ce rouge-gorge de combat... Les polonais n’sont pas morts illico, Et, à genoux devant les derniers feux, R’touchaient le maquillage aux putains de régime Qui couraient à la mer Les fabricants de savonnettes Mettaient son ventre sur l’est, Si l’on se convertait en quat’-vingt dix Fallait pas le fair’ en quat’-vingt onze, Le singe du quatrième Reich Dansait un’ polka sur le Mur, Et, pendant qu’elle s’hissait, Tout l’ monde lui a vu le cul, La pyramide de Chéope A été rebâtie ce jour-là, un jour de fête, Bloc par bloc Esclave par esclave Communiste par communiste. Le Dimanche des Rameaux morts Pas un coup d’ fusil, silence... Et le gaz hilarant Se repandait dans les rues, Le Dimanche des Rameaux morts Emporta toute pensée avec soi Et les reines des "tua culpa" Se ruèrent chez les coiffeurs... Dans la prison nationale Le deuxième geôlier Dit à "Moustaches-de-Suif", le premier, "On va le faire demain, au petit matin", Et on envoya des chevaux, Des messagers, des chiens et un âne Rendre l’arrêt d’amputation d’ un’ jambe À Renato Curcio, Carbonaro. Le ministre des Orages, Dans une orgie de trombones Glorifiait la démocratie Avec la nappe sur ses mains, et ses mains sur ses couilles, "Je veux vivre dans une ville Où, à l’heure de l’apéro, Y a pas de sang qui coule Ou bien, de détersif" Le soir, moi et mon illustre cousin De Andrade Nous étions les derniers citoyens libres De cette ville civilisée, Parce qu’on avait un canon dans l’ arrièr’-cour Un canon dans l’arrièr’-cour... Le Dimanche des Rameaux Morts Personne ne s’est fait mal, Tout l’ mond’ était aux obsèques Du défunt idéal, Le Dimanche des Rameaux Mort On entendait chanter "Ce qu’ell’est belle, la jeunesse, Nous ne voulons pas vieillir". Et les derniers passants Rentraient dans leurs catacombes, ‘Z’ont allumé la télé, nous ont regardés chanter Pour une demi’-heure, Puis nous ont envoyés balader "Vous qui avez chanté sur des échasses et à genoux, Avec des pianos en écharpe, costumés de Pinoche, Voius qui avez chanté pour le Roi et pour la Ligue, Pour l’argent et pour l’Amazonie Pour Armani et Ferré, L’Abbé Pierre et Taizé, Vous, avec vos voix puissantes, Vos langues qui batt’nt fort le tambour, Vous, avec vos voix puissantes, Indiquées pour y envoyer." Le Dimanche des Rameaux Morts Les croque-nostalgie suivaient Avecques un chœur de flûtes Le cercueil de l’Utopie, Le Dimanche des Rameaux Morts A éte un dimanche insignifiante Le jour après on voyait les signes D’une paix terrifiante. Et le cœur d’Italie, De Palerme au Simplon Se gonflait en un chœur "De vive protestation". [ Tentò la fuga in tram verso le sei del mattino dalla bottiglia di orzata dove galleggia Milano; non fu difficile seguirlo il poeta della Baggina, la sua anima accesa mandava luce di lampadina; gli incendiarono il letto sulla strada di Trento, riuscì a salvarsi dalla sua barba un pettirosso da combattimento. I polacchi non morirono subito e inginocchiati agli ultimi semafori rifacevano il trucco alle troie di regime, lanciate verso il mare. I trafficanti di saponette mettevano pancia verso est; chi si convertiva nel novanta ne era dispensato nel novantuno; la scimmia del quarto Reich ballava la polca sopra il muro e mentre si arrampicava le abbiamo visto tutto il culo; la piramide di Cheope volle essere ricostruita in quel giorno di festa, masso per masso, schiavo per schiavo, comunista per comunista. La domenica delle salme non si udirono fucilate, il gas esilarante presidiava le strade, la domenica delle salme si portò via tutti i pensieri e le regine del "tua culpa" affollarono i parrucchieri. Nell'assolata galera patria, il secondo secondino disse a "Baffi di sego", che era il primo: "si può fare domani, sul far del mattino"; e furono inviati messi, fanti, cavalli, cani ed un somaro ad annunciare l'amputazione della gamba di Renato Curcio il carbonaro; ministro dei temporali, in un tripudio di tromboni, auspicava democrazia, con la tovaglia sulle mani e le mani sui coglioni. "Voglio vivere in una città dove all'ora dell'aperitivo non ci siano spargimenti di sangue o di detersivo"; a tarda sera io e il mio illustre cugino De Andrade eravamo gli ultimi cittadini liberi di questa famosa città civile perché avevamo un cannone nel cortile. La domenica delle salme nessuno si fece male; tutti a seguire il feretro del defunto ideale; la domenica delle salme si sentiva cantare "quant'è bella giovinezza, non vogliamo più invecchiare". Gli ultimi viandanti si ritirarono nelle catacombe, accesero la televisione e ci guardarono cantare per una mezz'oretta, poi ci mandarono a cagare: "voi che avete cantato sui trampoli e in ginocchio, coi pianoforti a tracolla, vestiti da Pinocchio, voi che avete cantato per i longobardi e per i centralisti, per l'Amazzonia e per la pecunia, nei palastilisti e dai padri Maristi; voi avevate voci potenti adatte per il vaffanculo". La domenica delle salme, gli addetti alla nostalgia accompagnarono tra i flauti il cadavere di Utopia; la domenica delle salme fu una domenica come tante, il giorno dopo c'erano i segni di una pace terrificante, mentre il cuore d'Italia, da Palermo ad Aosta, si gonfiava in un coro di vibrante protesta. ] ****** LA VIEILLE VILLE La città vecchia [JI] Dans les quartiers où le soleil du bon Dieu ne donne pas ses rayons - Il a bien trop à faire pour réchauffer les gens d'autres environs- Une enfant chante la vieille chanson de la fille de joie « Ce qu'encor tu ignores tu ne l'apprendras qu'ici entre mes bras. » Et si à son âge il lui manquera quelque compétence Bientôt elle affinera ses capacités avec l'expérience Où sont passés les jours d'autrefois, par Junon ! Quand il fallait, pour faire ce métier, un minimum de vocation. Une jambe ici, une jambe là, remplis de vins Quatre retraités à une table mi-empoisonnés Tu les trouveras là, quelque soit le temps, hiver, été Qui retrinquent en remaudissant les femmes, le temps, et le gouvernement. Ils recherchent là le bonheur au fond d'un verre Juste pour oublier qu'ils ont été pris par derrière Qu'il y ait de la joie même dans l'agonie avec le vin trop fort Ils emporteront en eux l'ombre d'un sourire jusque dans la mort. Vieux professeur, que t'en vas-tu chercher dans ce boxon Peut-être la seule qui peut encore te donner une leçon Celle que le jour tu nommes 'Femme publique' avec mépris Celle qui la nuit ajuste ses tarifs à tes envies. Tu la chercheras, tu l'invoqueras souvent la nuit Tu te lèveras défait, renvoyant tout aux prochaines pluies Quand tu encaisseras tu dilapideras une demi-retraite Dix mille lires pour t'entendre dire « Minon, Mignon, Grosse bête ». Si tu t'aventures le long des quai du vieux port Dans cet air souvent chargé de sel, gorgé d'odeurs Tu y trouveras des assassins, des voleurs, et le type malsain Celui qui a vendu pour trois mille lires sa mère à un nain. Si tu raisonnes et que tu juges en bon bourgeois A cinq mille ans plus les frais tu les condamneras Mais si tu regardes plus au fond et que tu les comprends S'ils ne sont fine fleur, ils sont de ce monde les victimes et enfants. [ Nei quartieri dove il sole del buon Dio non dà i suoi raggi, ha già troppi impegni per scaldar la gente d'altri paraggi, una bimba canta la canzone antica della donnaccia, quel che ancor non sai tu lo imparerai solo qui fra le mie braccia. E, se alla sua età le difetterà la competenza, presto affinerà le capacità con l'esperienza; dove sono andati i tempi d'una volta, per Giunone, quando ci voleva, per fare il mestiere, anche un po' di vocazione. Una gamba qua, una gamba là, gonfi di vino, quattro pensionati mezzo avvelenati al tavolino; li troverai là, col tempo che fa, estate e inverno, a stratracannare, a stramaledir le donne, il tempo ed il governo. Loro cercan là la felicità dentro a un bicchiere per dimenticare d'esser stati presi per il sedere; ci sarà allegria anche in agonia, col vino forte, porteran sul viso l'ombra di un sorriso, fra le braccia della morte. Vecchio professore, cosa vai cercando in quel portone, forse quella che, sola, ti può dare una lezione, quella che, di giorno, chiami con disprezzo pubblica moglie, quella che, di notte, stabilisce il prezzo alle tue voglie. Tu la cercherai, tu la invocherai più d'una notte, ti alzerai disfatto, rimandando tutto al ventisette; quando incasserai, dilapiderai mezza pensione, diecimila lire per sentirti dire micio bello e bamboccione. Se ti inoltrerai lungo le calate dei vecchi moli, in quell'aria spessa, carica di sale, gonfia di odori, lì ci troverai i ladri, gli assassini e il tipo strano, quello che ha venduto per tremila lire sua madre a un nano. Se tu penserai e giudicherai da buon borghese, li condannerai a cinquemila anni, più le spese; ma se capirai, se li cercherai fino in fondo, se non sono gigli, son pur sempre figli, vittime di questo mondo. ] ********** HÔTEL SUPRAMONTE [JI] Et si tu vas à l'Hôtel Supramonte et que tu regardes le ciel Tu verras une femme en feu et un homme solitaire Et une lettre, si vraie de nuit et fausse de jour Et puis excuses, accusations et excuses sans retour Et maintenant tu voyages, tu vis et ris, ou tu as peur Avec cet ordre discret dans le cœur Mais où donc est ton amour, qu'as-tu fais de ton amour. Grâce au ciel, j'ai une bouche pour boire et c'est difficile Grâce à toi j'ai un navire à écrire, un train à perdre Et une invitation à l'Hôtel Supramonte où j'ai vu la neige Sur ton corps si doux de faim, si doux de soif Cette gare passera aussi sans souffrance Cette pluie douce passera comme passe la douleur Mais où donc est ton amour, qu'as-tu fais de ton amour. Maintenant je m'assieds à l'orée du bois qui porte ton nom Aujourd'hui le temps c'est un homme distrait, c'est un enfant qui dort Mais si tu t'éveilles et que tu as encore peur, retends-moi la main Qu'importe si je suis tombé, si je suis loin Parce que demain sera un jour long et jour de silence Parce que demain sera un jour incertain de nuages et soleil Mais où donc est ton cour, qu'as-tu fais de ton cœur. [ E se vai all'Hotel Supramonte e guardi il cielo, tu vedrai una donna in fiamme e un uomo solo, e una lettera vera di notte, falsa di giorno e poi scuse, e accuse e scuse, senza ritorno; e ora viaggi, ridi, vivi o sei perduta, col tuo ordine discreto dentro il cuore; ma dove, dov'è il tuo amore, ma dove è finito il tuo amore? Grazie al cielo, ho una bocca per bere, e non è facile, grazie a te, ho una barca da scrivere, ho un treno da perdere, e un invito all'Hotel Supramonte dove ho visto la neve, sul tuo corpo così dolce di fame, così dolce di sete; passerà anche questa stazione senza far male, passerà questa pioggia sottile come passa il dolore; ma dove, dov'è il tuo cuore, ma dove è finito il tuo cuore? E ora siedo sul letto del bosco, che ormai ha il tuo nome, ora il tempo è un signore distratto, è un bambino che dorme; ma se ti svegli e hai ancora paura, ridammi la mano, cosa importa se sono caduto, se sono lontano; perché domani sarà un giorno lungo e senza parole, perché domani sarà un giorno incerto di nuvole e sole; ma dove, dov'è il tuo amore, ma dove è finito il tuo amore? ] |
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