Fabrizio de André en Français
FABRIZIO DE ANDRÉ EN FRANÇAIS

Les chansons de Fabrizio de André pour la première fois en langue française.
Traductions de Joëlle Iannicelli [JI] et Riccardo Venturi [RV].

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Fabrizio De André est né à Gênes le 18 février 1940. Son père salua sa naissance en jouant sur un grammophone la "Valse de Campagne" de Gino Marinuzzi jr.; vingt-cinq ans plus tard, Fabrizio de André utilisera le même thème pour sa "Valse pour un amour".
Quand la guerre éclata, les De André durent se réfugier dans une ferme près de Revignano d’Asti, en Piémont. Le père de Fabrizio était anti-fasciste et prit le maquis pour échapper à la police. En 1945, les De André retournèrent à Gênes; Fabrizio alla à l’école primaire, d’abord à l’École des Sœurs Marcelliennes et après à l’école publique Cesare Battisti. Après son examen de fin d’études, il s’inscrivit en droit à l’Université de Gênes; mais il arrêta ses études six examens avant de passer son doctorat.
Fabrizio de André avait un fort penchant pour la musique; il étudie le violon et la guitare et joue avec des jazz-bands locales (le jazz était son "premier amour"). Sa carrière d’auteur et chansonnier commence à la fin des années 50, sous l’influence décisive des chansonniers français, surtout Georges Brassens, dont il traduisait les chansons en italien, qu'il ajoutait ensuite à son répertoire.
En 1958 Fabrizio de André enregistre ses premières deux chansons, "Nuvole barocche" ("Nuages baroques") et "E fu la notte" ("Et la nuit tomba"); en 1962 il se marie avec Puny Rignon, une jeune femme génoise plus âgée que lui de presque dix ans. Le premier et seul enfant du couple, Cristiano, naît peu après le mariage; il marchera sur les pas de son père et deviendra lui-même un musicien et un chansonnier.
Les années suivantes, Fabrizio de André écrit des chansons qui le font connaître au public et qui deviennent assez tôt ses "classiques": "La guerra di Piero" ("La guerre de Pierre"), "La ballata dell’eroe" ("La ballade du héros"), "Il testamento" ("Le testament"), "La ballata del Michè" ("La ballade de Michel"), "Via del Campo" ("Via del Campo", d’après le nom d’une rue du vieux Gênes), "La canzone dell’amore perduto" ("La chanson de l’amour perdu"), "La città vecchia" ("La vieille ville"), "Carlo Martello ritorna dalla battaglia di Poitiers" ("Le retour de Charles Martel de la bataille de Poitiers", écrite avec son ami Paolo Villaggio) et, surtout, "La canzone di Marinella" ("La chanson de Marinella"). En 1968, Mina, sans doute une des chanteuses italiennes les plus célèbres dans le monde entier, chante et enregistre "Marinella": c’est la consécration pour l’auteur, qui est salué le principal "cantautore" italien.
Le premier LP de Fabrizio de André, "Volume I", paraît en 1968, suivi de "Tutti morimmo a stento" ("Tous nous sommes morts avec peine") et de "Volume II"; les deux albums escaladent les
hit-parades italiennes.
En 1970 Fabrizio de André compose "La buona novella" ("La Bonne Nouvelle"), un "concept album" sur la vie de Jésus inspiré des Évangiles apocryphes. L’album, et surtout la chanson "Il Testamento di Tito" ("Le testament de Titus"), où un des deux larrons crucifiés avec Jésus confute très violemment les dix commandements, font un grand bruit. Il faut dire que Fabrizio de André, qui était anarchiste et athée comme son "maître" Brassens, avait composé un certain nombre de chansons (p.ex. "Preghiera in gennaio", "Prière en janvier" et "Si chiamava Gesù", "Il s’appelait Jésus") où il montrait d’apprécier l’esprit chrétien; ces chansons étaient chantées même dans les paroisses. "Le testament de Titus" ne l’a jamais été.
En 1971 Fabrizio de André compose un autre album qui va devenir célèbre: "Non al denaro, non all’amore, né al cielo" ("Ni à l’argent, ni à l’amour, ni au ciel"), inspiré de l’ "Anthologie de Spoon River" du poète américain Edgar Lee Masters. L’album était précedé d’une interview à Fernanda Pivano, la première traductrice italienne de l’ "Anthologie" et une des amies les plus chères de Cesare Pavese. Le nom de Fabrizio de André était associé de plus en plus souvent à la littérature et à la poésie, et ses chansons commençaient à être publiées dans les anthologies litteraires pour les lycées.
En 1973 Fabrizio de André compose son album le plus engagé politiquement, "Storia di un Impiegato" ("Histoire d’un Rond-de-Cuir"); l’année suivante, De André fait paraître "Canzoni" ("Chansons"), une collection de ses traductions de Georges Brassens, Leonard Cohen et Bob Dylan. L’album comprend aussi un certain nombre de ses vieilles chansons des années 60.
En 1975, Fabrizio de André (qui avait divorcé d’avec sa femme Puny et trouvé un nouvel amour avec la "folksinger" Dori Ghezzi) compose son "Volume III" en collaboration avec un autre chansonnier italien très célèbre, Francesco de Gregori. Avec cet album, De André "rompt les ponts" avec sa tradition à la recherche de nouvelles voies pour sa poésie et sa musique. Les nouvelles chansons mettent en évidence la très profonde influence de la poésie contemporaine sur l’œuvre de Fabrizio de André. L’an 1975 est une véritable ligne de partage dans la vie de Fabrizio de André: il recommence à s’exhiber et organise une mémorable tournée de concerts (après ses premiers exhibitions en public, il n’avait plus donné aucun concert et avait paru seulement deux ou trois fois à la télé); il médite d’aller s’établir en Sardaigne avec son nouvel amour. Dans ce but, il achète la ferme d’Agnata, près de Tempio Pausania, et s’adonne à l’agriculture et à l’élevage.
En 1977 le nouveau couple a une fille, Luisa Vittoria (surnommée "Luvi"); l’année suivante, Fabrizio de André compose un nouvel album, "Rimini" en collaboration avec un jeune chansonnier et auteur véronais, Massimo Bubola.
L’an 1979 marque une autre pierre miliaire dans la vie de Fabrizio de André. L’année commence avec une tournée vraiment mémorable, dont on tire un album double qui fait époque; De André est accompagné par une des plus célèbres pop bands italiennes, la Premiata Forneria Marconi (PFM). Mais une expérience terrible attend Fabrizio de André et Dori Ghezzi. A la fin d’août ils sont kidnappés par des bandits sardes et faits prisonniers sur l’inaccessible montagne du Supramonte. Quatre mois plus tard, le couple est remis en liberté; quand la Police arrête les bandits, Fabrizio de André est appelé en témoignage devant la Court, mais il refuse de dénoncer ses kidnappeurs et solidarise avec eux. "C’étaient eux les vrais prisonniers, pas moi": ces mots sont un exemple frappant de la mentalité de Fabrizio de André.
Cet épisode dramatique et la vie dure du peuple sarde donnent à Fabrizio de André l’inspiration pour des nouvelles chansons. L’album n’a pas de titre, mais il est connu comme "L’Indiano" ("L’Indien") pour l’image d’un peau-rouge qui se trouve sur la couverture.
En 1984, Fabrizio de André se rapproche du dialecte génois et compose, avec le musicien Mauro Pagani, un de ses albums les plus célèbres, "Creuza de mä". Les chansons, entièrement en génois, sont un hommage à la musique traditionnelle de tous les pays méditerranéens; l’album remporte des prix à foison et est salué "le meilleur album italien des années 80".
En 1989, Fabrizio de André épouse Dori Ghezzi; l’année suivante il fait paraître son nouvel album, "Le Nuvole" ("Les Nuages"), qui comprend deux autres chansons en génois, une chanson dans le dialecte sarde de la Gallura ("Monti di Mola") et une en napolitain ("Don Raffaè"). La tournée qui s’ensuit se tourne en un triomphe et l’on tire d’elle un "live" double ("Concerts de 1991"). En 1992 Fabrizio de André organise une nouvelle tournée et s’exhibe pour la première fois dans des théâtres.
Le dernier album original de Fabrizio de André, "Anime salve" ("Âmes sauvées"), paraît en 1996. Il s’agit d’une sorte de "testament spirituel" qui comprend des chansons comme "Khorakhané" (dediée au peuple Rom), "Disamistade" (qui a été traduite en anglais et chantée par les Walkabouts) et "Smisurata preghiera" ("Prière infinie"), inspiré de la "Saga de Maqroll, le gabier" de l’écrivain argentin Álvaro Mutis. Fabrizio de André a chanté aussi une version espagnole de la chanson.
En 1997, Fabrizio de André organise une nouvelle tournée et fait paraître un nouvel album-collection, "M’innamoravo di tutto" ("Je tombais amoureux de tout"). Cet album-hommage comprend une version de "La canzone di Marinella" en duo avec Mina. La tournée "Anime salve" continue jusqu’à la fin de l’été de 1998, mais elle doit être interrompue aux premiers symptômes d’une maladie très sérieuse; malheureusement, il s’agit d’un cancer.

Fabrizio de André est mort à Milan le 11 janvier 1999, à deux heures du matin.

Deux jours plurs tard il est enterré à Gênes, sa ville natale; l’enterrement est suivi par une foule immense.
Fabrizio de André repose dans le cimetière monumental de Staglieno, dans la chapelle de famille.

Riccardo Venturi et Joëlle Iannicelli.

PRIERE EN JANVIER
Preghiera in Gennaio
[RV]

Laisse que son chemin
Soit parsemé de fleurs
Lorsqu'il aura à rendre
A toi son âme, Seigneur,
Et au monde sa peau
Lorsqu'il viendra à ton ciel
Où les étoiles brillent
Sans cesse et au grand jour.

Et lorsqu'il passera
Par le dernier vieux pont
Il dira aux suicidés
Tout en baisant leur front:
Suivez-moi au Paradis,
Là où moi aussi je vais
Car il n'y a pas d'enfer
Au monde du bon Dieu.

Qu'il puisse, avec ses os
Fatigués, Vous rejoindre
Suivi par de milliers
De figures pâles, blanches,
Et qu'il revienne à Vous
Avec les outragés
Qui au Ciel et à la Terre
Leur courage ont montré.

Et n'en déplaise à vous,
Les bourgeois bien-pensants,
Si Dieu, si tous les Saints
Du Ciel vont étouffer
Dans leur bras les sanglots
De ces lèvres éteintes
Qui à la haine, à l'ignorance
La mort ont préferé.

Dieu de miséricorde,
Ton beau Paradis
Tu l'as fait avant tout
Pour ceux qui n'ont pas souris
Pour ceux qui ont vécu
Sans tacher leur conscience,
L'enfer seulement existe
Pour ceux qui en ont peur.

Nul mieux que lui ne pourra
Te montrer les erreurs
Que tous les hommes font
Et que Tu peux sauver.
Écoute maintenant
Sa voix chantant au vent,
Dieu de miséricorde,
Tu en seras content.

[ Lascia che sia fiorito, Signore, il suo sentiero
Quando a te la sua anima e al mondo la sua pelle
Dovrà riconsegnare, quando verrà al Tuo cielo
Là dove in pieno giorno risplendono le stelle.

Quando attraverserà l’ultimo vecchio ponte
Ai suicidi dirà, baciandoli alla frotne
"Venite in Paradiso, là dove vado anch’io
Perché non c’è l’inferno nel mondo del buon Dio."

Fate che giunga a voi con le sue ossa stanche
Seguito da migliaia di quelle facce bianche,
Fate che a voi ritorni fra i morti per oltraggio
Che al cielo ed alla terra mostrarono il coraggio.

Signori benpensanti, spero non vi dispiaccia
Se in cielo, in mezzo ai santi, Dio, fra le sue braccia
Soffocherà il singhiozzo di quelle labbra smorte
Che all’odio e all’ignoranza preferirono la morte.

Dio di misericordia, il Tuo bel Paradiso
Lo hai fatto soprattutto per chi non ha sorriso,
Per quelli che han vissuto con la coscienza pura;
L’inferno esiste solo per chi ne ha paura.

Meglio di lui nessuno mai ti potrà indicare
Gli errori di noi tutti che puoi e vuoi salvare.
Ascolta la sua voce che ormai canta nel vento,
Dio di misericordia, vedrai, sarai contento. ]


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VIA DEL CAMPO
Via del Campo
[JI]

Via del Campo, il est une gracieuse
Aux grands yeux de couleur feuille
Tout la nuit reste sur son seuil
Elle vend à tous la même rose.

Via del Campo, il est une enfant
Aux lèvres de couleur rosée
Les yeux gris comme le pavé
Il pousse des fleurs sur son chemin.

Via del Campo il est une putain
Aux grands yeux de couleur feuille
Si de l'aimer te prend l'envie
Prends-là juste par la main.

Et tu as l'impression de t'envoler
Elle te regarde et te sourit
Tu ne pensais pas que le paradis
Se trouvait juste là, au premier.

Via del Campo s'y rend un naïf
A la demander en mariage
A la regarder grimper les étages
Jusqu'à ce que le balcon soit fermé.

Aime et ris tant qu'amour répond
Pleure fort s'il ne t'entend
Il ne pousse rien sur les diamants
Sur le fumier naissent les fleurs.

[ Via del Campo c'è una graziosa,
Gli occhi grandi, color di foglia
Tutta notte sta sulla soglia,
Vende a tutti la stessa rosa.

Via del Campo c'è una bambina
Con le labbra color rugiada,
Gli occhi grigi come la strada,
Nascon fiori dove cammina.

Via del Campo c'è una puttana,
Gli occhi grandi, color di foglia,
Se di amarla ti vien la voglia
Basta prenderla per la mano.

E ti sembra di andar lontano,
Lei ti guarda con un sorriso,
Non credevi che il paradiso
Fosse solo lì al primo piano.

Via del Campo ci va un illuso
A pregarla di maritare,
A vederla salir le scale
Fino a quando il balcone è chiuso.

Ama e ridi se amor risponde,
Piangi forte se non ti sente,
Dai diamanti non nasce niente,
Dal letame nascono i fiori,

Dai diamanti non nasce niente,
Dal letame nascono i fior. ]

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LE MAUVAIS CHEMIN
La cattiva strada
[RV]

À la parade militaire
Il cracha sur un innocent,
Quand il lui demanda: Pourquoi?
Il lui répondit, Ça n’ fait rien,
Faut que je m’en aille, maintenant
Et l’innocent alla avec lui,
Sans être armé, il le suivit
Sur son mauvais chemin.

Sur les boul’vards derrièr’ la gare
Il vola à un’ reine son argent,
Quand elle lui demanda: Pourquoi?
Il lui répondit, Peut-être est-ce mieux, comme avant,
Faut que je m’en aille, maintenant
Et la reine alla avec lui,
Avec sa peine, elle le suivit
Sur son mauvais chemin.

Et, une nuit sans lune il tru-
qua les étoiles à un aviateur,
Et quand son avion tomba du
Ciel, il lui dit, C’est la faute à c’lui qui meurt,
Faut que je m’en aille, maintenant
Et l’aviateur alla avec lui,
Sans les étoiles, il le suivit
Sur son mauvais chemin.

À un garçon ivre de dix-huit ans
Encore un’ goutte il versa à boir’,
Et comm’ c’lui-là le regardait,
Il dit, Mon ami, je pari’ que tu m’vais dir’
Qu’il faut q’je m’en aille, maintenant
Le jeune ivrogne l’entendit
Et, sans rien dire, il le suivit
Sur son mauvais chemin.

À un procès pour des faits d’amour
Il embrassa tous les jurés,
Comm’ ils le regardaient gênés,
Il dit, Voilà, c’est plus normal,
C’est mieux, il est juste, juste,
Juste que m’en aille,
Les jurés allèr’nt avec lui,
La bouche ouverte ils l’ont suivi
Sur son mauvais chemin.
Sur son mauvais chemin.

Et puis, quand il a disparu,
À ceux qui disaient, Quel malheur,
À ceux qui disaient, Quel bonheur
Il dit, Faut pas q’vous me suiviez
Où que je me n’aille maintenant,
Mais y a un peu d’amour pour tous,
Et tout le monde a un peu d’amour
Sur le mauvais chemin,
Sur le mauvais chemin.

[ Alla parata militare
sputò negli occhi a un innocente,
e quando lui chiese "perché?"
lui gli rispose "questo è niente"
e adesso è ora che io vada,
e l’innocente lo seguì,
senza le armi lo seguì,
sulla sua cattiva strada.

Sui viali dietro la stazione
rubò l’incasso a una regina,
e quando lei gli disse "come"
lui le rispose "forse è meglio, è come prima,
forse è ora che io vada",
e la regina lo seguì,
col suo dolore lo seguì,
sulla sua cattiva strada.

E in una notte senza luna
truccò le stelle ad un pilota;
quando l'aeroplano cadde,
lui disse "è colpa di chi muore,
comunque è meglio che io vada",
ed il pilota lo seguì,
senza le stelle lo seguì,
sulla sua cattiva strada.

A un diciottenne alcolizzato
versò da bere ancora un poco
e mentre quello lo guardava
lui disse "amico, ci scommetto, stai per dirmi
adesso è ora che io vada",
l’alcolizzato lo capì,
non disse niente e lo seguì,
sulla sua cattiva strada.

Ad un processo per amore
baciò le bocche dei giurati,
e ai loro sguardi imbarazzati
rispose "adesso è più normale, adesso è meglio,
adesso è giusto, giusto, è giusto che io vada"
ed i giurati lo seguirono,
a bocca aperta lo seguirono,
sulla sua cattiva strada,
sulla sua cattiva strada.

E quando poi sparì del tutto,
a chi diceva "è stato un male,
a chi diceva "è stato un bene"
raccomandò "non vi conviene
venir con me dovunque vada,
ma c’è amore un po’ per tutti
e tutti quanti hanno un amore
sulla cattiva strada,
sulla cattiva strada". ]

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CHANSONS DE FABRIZIO DE ANDRÉ
LA GUERRE DE PIERRE
La guerra di Piero
[JI]

Tu reposes étendu dans un champs de blé
Ce n'est pas la rose, ce n'est pas l'oillet
Qui te veillent depuis l'ombre des fossés
Mais ce sont mille coquelicots rouges.

Le long des berges de mon torrent
Je veux que descendent les poissons d'argent
Et non plus les cadavres des soldats
Emportés par le courant.

Ainsi pensais-tu, et c'était l'hiver
Et comme les autres vers l'enfer
Tu t'en vas triste comme il se doit
Le vent te crache la neige au visage.

Arrête-toi, Pierre, arrête-toi maintenant
Laisse que le vent te caresse un peu
Des morts en bataille il emporte la voix
Qui donna sa vie en échange eut une croix.

Mais tu ne l'entendis pas et le temps passa
Avec les saisons, sur un pas de java
Et tu parvins à percer la frontière
Par un belle matinée printanière.

Et pendant que tu marchais, ta peine en fardeau
Tu vis un homme au fond de la vallée
Qui partageais avec toi ton humeur
Mais son uniforme était d'une autre couleur.

Tire, Pierre, tire maintenant !
Et après le premier coup, tire encore,
Jusqu'à ce que tu ne le vois, tout blanc,
Glisser à terre et recouvrir son sang.

Mais si je tire au front ou dans le cour
Il n'aura que le temps de mourir
Mais il à moi restera le temps pour cueillir
Le dernier regard d'un homme qui se meurt.

Et pendant que tu lui accordes ce répit
Celui-là se retourne, te vois et s'affole
Et, saisissant l'artillerie
Ne te rend pas ta courtoisie.

Tu tombas à terre sans une plainte
Et t'aperçus en un instant
Que le temps allait te manquer
Pour expier chaque péché.

Tu tombas à terre sans une plainte
Et t'aperçus en un instant
Que ta vie s'arrêtait en ce jour
Et qu'il n'y aurais pas de retour.

Ma Ninon, pour crever en mai
Il faut beaucoup, trop de courage
Ma belle Ninette, tout droit en enfer
J'aurais préféré partir en hiver.

Et pendant que le blé t'écoutait
Dans tes mains ton fusil tu serrais
Dans ta bouche tu serrais des mots
Trop gelés pour se fondre au soleil.

Tu reposes étendu dans un champs de blé
Ce n'est pas la rose, ce n'est pas l'oillet
Qui te veillent depuis l'ombre des fossés
Mais ce sont mille coquelicots rouges.

[ Dormi sepolto, in un campo di grano,
non è la rosa, non è il tulipano
che ti fan veglia dall’ombra dei fossi,
ma sono mille papaveri rossi.

Lungo le sponde del mio torrente
voglio che scendano i lucci argentati,
non più i cadaveri dei soldati
portati in braccio dalla corrente.

Così dicevi ed era d'inverno,
e, come gli altri, verso l'inferno
te ne vai, triste come chi deve,
il vento ti sputa in faccia la neve.

Fermati Piero, fermati adesso,
lascia che il vento ti passi un po' addosso,
dei morti in battaglia ti porti la voce,
chi diede la vita ebbe in cambio una croce.

Ma tu non lo udisti e il tempo passava
con le stagioni a passo di giava,
ed arrivasti a passar la frontiera
in un bel giorno di primavera.

E mentre marciavi con l'anima in spalle,
vedesti un uomo in fondo alla valle,
che aveva il tuo stesso identico umore,
ma la divisa di un altro colore.

Sparagli Piero, sparagli ora,
e, dopo un colpo, sparagli ancora,
fino a che tu non lo vedrai esangue
cadere in terra a coprire il suo sangue.

E se gli sparo in fronte o nel cuore,
soltanto il tempo avrà per morire,
ma il tempo a me resterà per vedere,
vedere gli occhi di un uomo che muore.

E mentre gli usi questa premura
quello si volta, ti vede, ha paura,
ed imbracciata l'artiglieria
non ti ricambia la cortesia.

Cadesti a terra, senza un lamento,
e ti accorgesti in un solo momento
che il tempo non ti sarebbe bastato
a chieder perdono per ogni peccato.

Cadesti a terra, senza un lamento,
e ti accorgesti in un solo momento
che la tua vita finiva quel giorno
e non ci sarebbe stato ritorno.

Ninetta mia, crepare di Maggio,
ci vuole tanto, troppo coraggio;
Ninetta bella, dritto all'inferno
avrei preferito andarci in inverno.

E mentre il grano ti stava a sentire,
dentro alle mani stringevi il fucile,
dentro alla bocca stringevi parole
troppo gelate per sciogliersi al sole.

Dormi sepolto, in un campo di grano,
non è la rosa, non è il tulipano
che ti fan veglia dall'ombra dei fossi,
ma sono mille papaveri rossi. ]

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LE RÊVE DE MARIE
Il sogno di Maria
[JI]

Dans l'alcôve humide et sombre du temple
L'ombre était froide, gorgée d 'encens.
L'ange comme chaque soir vint,
Pour m'apprendre une nouvelle prière
Puis soudain il dénoua mes mains
Et mes bras en ailes se changèrent
Quand il me demanda « Connais-tu le printemps ? »
Moi, pour un jour, pour un instant,
Je courus voir la couleur du vent.

Nous volâmes vraiment au-dessus des maisons
Au-delà des jardins, des chemins, des barrières
Puis nous glissâmes entre des vallées fleuries
Où la vigne enlace l'olivier
Nous descendîmes là où le jour se perd,
En se cherchant, enfoui dans tout ce vert
Et il parla comme quand on prie
Et à la fin de chaque prière
Une vertèbre de mon dos était égrenée.

Les longues ombres des prêtres restreignirent mon rêve en un cercle de voix
Avec mes ailes d'avant, je voulus m'échapper
Mais le bras était nu, et ne pu s'envoler
Puis je vis l'ange se changer en comète
Et les visages sévères se changèrent en pierre
En branches se changèrent les profils de leurs bras
Dans le geste immobile d'une autre vie
Feuilles les mains, épines les doigts.

Les voix de la rue, le bruit des gens
Me volèrent à mon rêve pour me rendre au présent
Les images s'effacent, les couleurs ont déteint
Mais de quelques paroles l'écho lointain
Répétait d'un ange l'étrange prière
Qui peut-être était vraie, mais peut-être chimère
« Ils l'appelleront Fils de Dieu»
Paroles confuses dans mon esprit
Evanouies dans un rêve, mais marquées en mon sein.

Et la voix maintenant tarie se fondit en pleurs
Mais la peur, quittant les lèvres envahit les yeux
Mi-clos dans un geste d'un calme apparent
Qui se consume dans l 'attente d'un regard indulgent.
Et toi, doucement, tu posas ta paume à la naissance de ses cheveux
Les vieux, quand ils caressent, ont peur de le faire trop fort.

[ Nel grembo umido, scuro del tempio,
l’ombra era fredda, gonfia d’incenso;
l’angelo scese, come ogni sera,
ad insegnarmi una nuova preghiera.
Poi, d’improvviso, mi sciolse le mani
e le mie braccia divennero ali;
quando mi chiese "conosci l’estate"
io per un giorno, per un momento,
corsi a vedere il colore del vento.

Volammo davvero sopra le case,
oltre i cancelli, gli orti, le strade;
poi scivolammo tra valli fiorite,
dove all’ulivo si abbraccia la vite.
Scendemmo là, dove il giorno si perde
a cercarsi da solo nascosto tra il verde,
e lui parlò come quando si prega,
ed alla fine di ogni preghiera
contava una vertebra della mia schiena.

Le ombre lunghe dei sacerdoti
costrinsero il sogno in un cerchio di voci.
Con le ali di prima pensai di scappare,
ma il braccio era nudo e non seppe volare;
poi vidi l’angelo mutarsi in cometa
e i volti severi divennero pietra,
le loro braccia profili di rami,
nei gesti immobili di un’altra vita,
foglie le mani, spine le dita.

Voci di strada, rumori di gente,
mi rubarono al sogno per ridarmi al presente.
Sbiadì l’immagine, stinse il colore,
ma l’eco lontana di brevi parole
ripeteva d’un angelo la strana preghiera
dove forse era sogno, ma sonno non era;
"lo chiameranno figlio di Dio",
parole confuse nella mia mente
svanite in un sogno, ma impresse nel ventre.

E la parola ormai sfinita si sciolse in pianto,
ma la paura dalle labbra si raccolse negli occhi
semichiusi nel gesto d’una quiete apparente
che si consuma nell’attesa
d’uno sguardo indulgente.

E tu piano posasti le dita all’orlo della sua fronte;
i vecchi, quando accarezzano, hanno il timore di far troppo forte. ]

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AMI FRAGILE
Amico fragile
[RV]

Évaporé dans un nuage rouge,
dans une des mille fentes de la nuit
avec un besoin d’attention et d’amour
trop "Si tu m’aimes, pleure donc"
pour qu’on le partageât,
valait la pein’ de vous amuser, dans les soirs d’été,
tout simplement avec un "je me rappelle"...
Pour vous regarder louer un kilo d’herbe
aux paysans retraités et à leurs femmes
et offir à pleines mains des océans,
et encor’ d’autres vagues aux mâtelots en service
jusqu’à découvrir, une par une, toutes vos cachettes
sans regretter ma crédulité:
car, dès la premièr’ tranchée,
j’étais déjà plus curieux que vous,
j’étais déjà bien plus curieux que vous.

Et puis, suspendu entre vos "Comment ça va",
étonné par des lieux moins communs et plus féroces
du typ’, "Comment vas-tu, ami, ami fragile,
si tu veux, une heure par mois je pourrai m’occuper de toi",
"Vous savez que j’ai perdu deux enfants?"
"Madame, vous êtes plutôt étourdie..."

Encore, tué par votre courtoisie
à l’heure où un de mes rêves,
danseuse de deuxième rang,
ell’ agitait, je n’sais pour quel avenir,
son présent fait de gros seins,
sa césarienne récente,
j’pensais, il est si beau que, là où mes doigts terminent,
une guitarre commence, de quelque façon.

Et puis, assis entre vos au revoir,
j’me sentais moins fatigué que vous,
j’étais beaucoup moins fatigué que vous...

J’aurais pu picoter l’inconnue sur son pantalon
jusqu’à la voir rester bouche bée,
ou demander à un quelconque de mes fils
qu’il dise encor’ du mal, et à voix haute, de moi,
ou troquer ma guitarre, mon heaume contre
une boîte en bois qui dit "nous perdrons".
J’aurais pu vous demander le nom de votre chien,
quant au mien, y a du temps qu’il s’appelle "Libre",
J’aurai pu engager un cannibale par jour
Pour qu’il m’enseigne combien je suis loin des étoiles,
ou traverser de litres, de litres de corail
pour parvenir à un lieu qui s’appelle "au revoir"...

Et non, au grand jamais, je n’ai pensé
Que j’étais plus ivre que vous,
Que j’étais beaucoup plus ivre que vous.

[ Evaporato in una nuvola rossa
in una delle molte feritoie della notte,
con un bisogno d’attenzione e d’amore,
troppo "se mi vuoi bene, piangi" per essere corrisposti;
valeva la pena divertirsi le serate estive
con un semplicissimo "mi ricordo";
per osservarvi affittare un chilo d’erba
ai contadini in pensione e alle loro donne,
e regalare a piene mani oceani
ed altre, ed altre onde ai marinai in servizio;
fino a scoprire ad uno ad uno i vostri nascondigli,
senza rimpiangere la mia credulità;
perché, già dalla prima trincea, ero più curioso di voi,
ero molto più curioso di voi.

E poi, sospeso tra i vostri "come stai",
meravigliato da luoghi meno comuni e più feroci
tipo "come ti senti amico, amico fragile,
se vuoi potrò occuparmi un’ora al mese di te"
"lo sa che io ho perduto due figli"
"signora lei è una donna piuttosto distratta".

E ancora ucciso dalla vostra cortesia
nell’ora in cui un mio sogno,
ballerina di seconda fila,
agitava, per chissà quale avvenire,
il suo presente di seni enormi e il suo cesareo fresco;
pensavo, è bello che dove finiscono le mie dita
debba in qualche modo incominciare una chitarra.

E poi, seduto in mezzo ai vostri arrivederci,
mi sentivo meno stanco di voi,
ero molto meno stanco di voi.

Potevo stuzzicare i pantaloni della sconosciuta
fino a vederle spalancarsi la bocca;
potevo chiedere ad uno qualunque dei miei figli
di parlare ancora male e ad alta voce di me.
Potevo barattare la mia chitarra e il suo elmo
con una scatola di legno che dicesse perderemo;
potevo chiedervi come si chiama il vostro cane,
il mio è un po’ di tempo che si chiama Libero;
potevo assumere un cannibale al giorno
per farmi insegnare la mia distanza dalle stelle;
potevo attraversare litri e litri di corallo
per raggiungere un posto che si chiamasse arrivederci.
E mai che mi sia venuto in mente di essere più ubriaco di voi,
di essere molto più ubriaco di voi. ]

******

L'ENFANCE DE MARIE
L'infanzia di Maria
[JI]

Ce fût peut-être à la troisième, ou à la neuvième heure
On broda joliment quelques lis sur ton cœur
Peut-être par besoin, ou pire, pour l'exemple
Ils prirent tes trois ans, et les menèrent au temple.
Ils prirent tes trois ans, et les menèrent au temple.

Il n'y eut plus le sein d'Anna, entre les murs discrets
Pour tes pleurs consoler, pour ta soif étancher
On dit que c'est un ange qui t'a raconté les heures
Qui a mesuré ton temps, entre repas et Seigneur.
Qui a mesuré ton temps, entre repas et Seigneur.

La neige fond au soleil, l'eau retourne à la mer
Le vent et les saisons recommencent à jouer
Mais pas pour toi, fillette, qui te prosternes au temple.
Mais pas pour toi, fillette, qui te prosternes au temple.

Et quand les prêtres te refusèrent l'asile
Tu avais douze ans, innocente en toute chose
Mais pour les prêtres, ton printemps était en cause
Car ta virginité de rouge se teintait.
Car ta virginité de rouge se teintait.

Et on voulut marier qui n'en avait pas envie
On rechercha en ville, la campagne on battit,
-le peuple sans épouse, les hommes de toutes classes
Du corps d'une vierge font un premier prix.
Du corps d'une vierge font un premier prix.

Dénouez ses cheveux, et voyez !
Ils accourent déjà.
Voyez, voyez, elle dénoue ses cheveux
Ils sont plus longs que nos manteaux
Voyez, si tendre et pâle sa peau
Elle resplendit comme neige au soleil
Voyez ses mains, son visage aussi
Elle semble venue du Paradis
Voyez son corps, ses proportions
Elle semble créée pour la tentation.
Voyez, voyez, elle dénoue ses cheveux
Ils sont plus longs que nos manteaux
Voyez ses mains, son visage aussi
Elle semble venue du Paradis.
Voyez ses yeux, voyez ses cheveux,
Voyez sa gorge, voyez ses mains,
Voyez son visage, voyez son teint
Voyez les cheveux du Paradis.
Voyez son teint, voyez sa gorge
Elle semble venue de son sourire
Voyez ses yeux, et la neige aussi
Voyez le teint du Paradis.

Et ce fut toi, Joseph, un revenant du passé
Charpentier par besoin, père de métier
A te voir confiée par un incongru destin
Une fille de plus, sans aucune raison
Une enfant envers qui tu n'avais pas d'intentions.

Et pendant que tu t'en vas, fatigué de fatigues
Tenant l'enfant d'une main, la tristesse comme bagage,
Tu penses « Ces prêtres la donnèrent en mariage
A une main trop sèche pour toucher une rose,
A un cour trop vieux qui maintenant se repose. »

[ Forse fu all’ora terza, forse alla nona,
cucito qualche giglio sul vestitino alla buona,
forse fu per bisogno o peggio per buon esempio,
presero i tuoi tre anni e li portarono al tempio.

Non fu più il seno di Anna, fra le mura discrete,
a consolare il pianto, a calmarti la sete;
dicono fosse un angelo a raccontarti le ore,
a misurarti il tempo fra cibo e Signore.

Scioglie la neve al sole, ritorna l’acqua al mare,
il vento e la stagione ritornano a giocare.
Ma non per te bambina, che nel tempio resti china.

E quando i sacerdoti ti rifiutarono alloggio
avevi dodici anni e nessuna colpa addosso;
ma per i sacerdoti fu colpa il tuo maggio,
la tua verginità che si tingeva di rosso.

E si vuol dar marito a chi non lo voleva,
si batte la campagna, si fruga la via.
Popolo senza moglie, uomini d’ogni leva,
del corpo di una vergine si fa lotteria.

Sciogli i capelli e guarda, già vengono!
(coro) Guardala, guardala, scioglie i capelli,
sono più lunghi dei nostri mantelli,
guarda la pelle, tenera, lieve,
risplende al sole come la neve.

Guarda le mani, guardale il viso,
sembra venuta dal Paradiso;
guarda le forme, la proporzione,
sembra venuta per tentazione.

Guardala, guardala, scioglie i capelli,
sono più lunghi dei nostri mantelli;
guarda le mani, guardale il viso,
sembra venuta dal Paradiso.

Guardale gli occhi, guarda i capelli,
guarda le mani, guardale il collo,
guarda la carne, guarda il suo viso,
guarda i capelli del Paradiso.

Guarda la carne, guardale il collo,
sembra venuta dal suo sorriso,
guardale gli occhi, guarda la neve,
guarda la carne del Paradiso.

E fosti tu Giuseppe, un reduce del passato,
falegname per forza, padre per professione,
a vederti assegnata da un destino sgarbato
una figlia di più senza alcuna ragione,
una bimba su cui non avevi intenzione.

E mentre te ne vai, stanco di essere stanco,
la bambina per mano, la tristezza di fianco,
pensi quei sacerdoti la diedero in sposa
a dita troppo secche per chiudersi su una rosa,
a un cuore troppo vecchio che ormai si riposa. ]

******

LE DIMANCHE DES RAMEAUX MORTS
La domenica delle salme
[RV]

Il prit un bus et s’enfuit,
Vers six heur’s du matin,
De la bouteill’ de pastis
Où Milan flotte, il ne fut
Pas difficile de le suivre,
Le poète de l’hospice,
Son âme allumée donnait
De la lumière d’ampoule
On lui a brûlé le lit
Sur la route de Trente,
Il s’est sauvé de sa barbe,
Ce rouge-gorge de combat...

Les polonais n’sont pas morts illico,
Et, à genoux devant les derniers feux,
R’touchaient le maquillage aux putains de régime
Qui couraient à la mer
Les fabricants de savonnettes
Mettaient son ventre sur l’est,
Si l’on se convertait en quat’-vingt dix
Fallait pas le fair’ en quat’-vingt onze,
Le singe du quatrième Reich
Dansait un’ polka sur le Mur,
Et, pendant qu’elle s’hissait,
Tout l’ monde lui a vu le cul,
La pyramide de Chéope
A été rebâtie ce jour-là, un jour de fête,
Bloc par bloc
Esclave par esclave
Communiste par communiste.

Le Dimanche des Rameaux morts
Pas un coup d’ fusil, silence...
Et le gaz hilarant
Se repandait dans les rues,
Le Dimanche des Rameaux morts
Emporta toute pensée avec soi
Et les reines des "tua culpa"
Se ruèrent chez les coiffeurs...

Dans la prison nationale
Le deuxième geôlier
Dit à "Moustaches-de-Suif", le premier,
"On va le faire demain, au petit matin",
Et on envoya des chevaux,
Des messagers, des chiens et un âne
Rendre l’arrêt d’amputation d’ un’ jambe
À Renato Curcio,
Carbonaro.
Le ministre des Orages,
Dans une orgie de trombones
Glorifiait la démocratie
Avec la nappe sur ses mains, et ses mains sur ses couilles,
"Je veux vivre dans une ville
Où, à l’heure de l’apéro,

Y a pas de sang qui coule
Ou bien, de détersif"
Le soir, moi et mon illustre cousin De Andrade
Nous étions les derniers citoyens libres
De cette ville civilisée,
Parce qu’on avait un canon dans l’ arrièr’-cour
Un canon dans l’arrièr’-cour...

Le Dimanche des Rameaux Morts
Personne ne s’est fait mal,
Tout l’ mond’ était aux obsèques
Du défunt idéal,
Le Dimanche des Rameaux Mort
On entendait chanter
"Ce qu’ell’est belle, la jeunesse,
Nous ne voulons pas vieillir".

Et les derniers passants
Rentraient dans leurs catacombes,
‘Z’ont allumé la télé, nous ont regardés chanter
Pour une demi’-heure,
Puis nous ont envoyés balader
"Vous qui avez chanté sur des échasses et à genoux,
Avec des pianos en écharpe, costumés de Pinoche,
Voius qui avez chanté pour le Roi et pour la Ligue,
Pour l’argent et pour l’Amazonie
Pour Armani et Ferré,
L’Abbé Pierre et Taizé,
Vous, avec vos voix puissantes,
Vos langues qui batt’nt fort le tambour,
Vous, avec vos voix puissantes,
Indiquées pour y envoyer."

Le Dimanche des Rameaux Morts
Les croque-nostalgie suivaient
Avecques un chœur de flûtes
Le cercueil de l’Utopie,
Le Dimanche des Rameaux Morts
A éte un dimanche insignifiante
Le jour après on voyait les signes
D’une paix terrifiante.

Et le cœur d’Italie,
De Palerme au Simplon
Se gonflait en un chœur
"De vive protestation".

[ Tentò la fuga in tram verso le sei del mattino
dalla bottiglia di orzata dove galleggia Milano;
non fu difficile seguirlo il poeta della Baggina,
la sua anima accesa mandava luce di lampadina;
gli incendiarono il letto sulla strada di Trento,
riuscì a salvarsi dalla sua barba
un pettirosso da combattimento.

I polacchi non morirono subito
e inginocchiati agli ultimi semafori
rifacevano il trucco alle troie di regime,
lanciate verso il mare.
I trafficanti di saponette mettevano pancia verso est;
chi si convertiva nel novanta ne era dispensato nel novantuno;
la scimmia del quarto Reich ballava la polca sopra il muro
e mentre si arrampicava le abbiamo visto tutto il culo;
la piramide di Cheope volle essere ricostruita in quel giorno di festa,
masso per masso, schiavo per schiavo,
comunista per comunista.

La domenica delle salme non si udirono fucilate,
il gas esilarante presidiava le strade,
la domenica delle salme si portò via tutti i pensieri
e le regine del "tua culpa" affollarono i parrucchieri.

Nell'assolata galera patria, il secondo secondino
disse a "Baffi di sego", che era il primo:
"si può fare domani, sul far del mattino";
e furono inviati messi,
fanti, cavalli, cani ed un somaro
ad annunciare l'amputazione della gamba
di Renato Curcio il carbonaro;
ministro dei temporali, in un tripudio di tromboni,
auspicava democrazia, con la tovaglia sulle mani
e le mani sui coglioni.
"Voglio vivere in una città dove all'ora dell'aperitivo
non ci siano spargimenti di sangue o di detersivo";
a tarda sera io e il mio illustre cugino De Andrade
eravamo gli ultimi cittadini liberi di questa famosa città civile
perché avevamo un cannone nel cortile.

La domenica delle salme nessuno si fece male;
tutti a seguire il feretro del defunto ideale;
la domenica delle salme si sentiva cantare
"quant'è bella giovinezza, non vogliamo più invecchiare".

Gli ultimi viandanti si ritirarono nelle catacombe,
accesero la televisione e ci guardarono cantare
per una mezz'oretta, poi ci mandarono a cagare:
"voi che avete cantato sui trampoli e in ginocchio,
coi pianoforti a tracolla, vestiti da Pinocchio,
voi che avete cantato per i longobardi e per i centralisti,
per l'Amazzonia e per la pecunia,
nei palastilisti e dai padri Maristi;
voi avevate voci potenti adatte per il vaffanculo".

La domenica delle salme, gli addetti alla nostalgia
accompagnarono tra i flauti il cadavere di Utopia;
la domenica delle salme fu una domenica come tante,
il giorno dopo c'erano i segni di una pace terrificante,

mentre il cuore d'Italia, da Palermo ad Aosta,
si gonfiava in un coro di vibrante protesta. ]

******

LA VIEILLE VILLE
La città vecchia
[JI]

Dans les quartiers où le soleil du bon Dieu ne donne pas ses rayons
- Il a bien trop à faire pour réchauffer les gens d'autres environs-
Une enfant chante la vieille chanson de la fille de joie
« Ce qu'encor tu ignores tu ne l'apprendras qu'ici entre mes bras. »

Et si à son âge il lui manquera quelque compétence
Bientôt elle affinera ses capacités avec l'expérience
Où sont passés les jours d'autrefois, par Junon !
Quand il fallait, pour faire ce métier, un minimum de vocation.

Une jambe ici, une jambe là, remplis de vins
Quatre retraités à une table mi-empoisonnés
Tu les trouveras là, quelque soit le temps, hiver, été
Qui retrinquent en remaudissant les femmes, le temps, et le gouvernement.

Ils recherchent là le bonheur au fond d'un verre
Juste pour oublier qu'ils ont été pris par derrière
Qu'il y ait de la joie même dans l'agonie avec le vin trop fort
Ils emporteront en eux l'ombre d'un sourire jusque dans la mort.

Vieux professeur, que t'en vas-tu chercher dans ce boxon
Peut-être la seule qui peut encore te donner une leçon
Celle que le jour tu nommes 'Femme publique' avec mépris
Celle qui la nuit ajuste ses tarifs à tes envies.

Tu la chercheras, tu l'invoqueras souvent la nuit
Tu te lèveras défait, renvoyant tout aux prochaines pluies
Quand tu encaisseras tu dilapideras une demi-retraite
Dix mille lires pour t'entendre dire « Minon, Mignon, Grosse bête ».

Si tu t'aventures le long des quai du vieux port
Dans cet air souvent chargé de sel, gorgé d'odeurs
Tu y trouveras des assassins, des voleurs, et le type malsain
Celui qui a vendu pour trois mille lires sa mère à un nain.

Si tu raisonnes et que tu juges en bon bourgeois
A cinq mille ans plus les frais tu les condamneras
Mais si tu regardes plus au fond et que tu les comprends
S'ils ne sont fine fleur, ils sont de ce monde les victimes et enfants.

[ Nei quartieri dove il sole del buon Dio non dà i suoi raggi,
ha già troppi impegni per scaldar la gente d'altri paraggi,
una bimba canta la canzone antica della donnaccia,
quel che ancor non sai tu lo imparerai solo qui fra le mie braccia.

E, se alla sua età le difetterà la competenza,
presto affinerà le capacità con l'esperienza;
dove sono andati i tempi d'una volta, per Giunone,
quando ci voleva, per fare il mestiere, anche un po' di vocazione.

Una gamba qua, una gamba là, gonfi di vino,
quattro pensionati mezzo avvelenati al tavolino;
li troverai là, col tempo che fa, estate e inverno,
a stratracannare, a stramaledir le donne, il tempo ed il governo.

Loro cercan là la felicità dentro a un bicchiere
per dimenticare d'esser stati presi per il sedere;
ci sarà allegria anche in agonia, col vino forte,
porteran sul viso l'ombra di un sorriso, fra le braccia della morte.

Vecchio professore, cosa vai cercando in quel portone,
forse quella che, sola, ti può dare una lezione,
quella che, di giorno, chiami con disprezzo pubblica moglie,
quella che, di notte, stabilisce il prezzo alle tue voglie.

Tu la cercherai, tu la invocherai più d'una notte,
ti alzerai disfatto, rimandando tutto al ventisette;
quando incasserai, dilapiderai mezza pensione,
diecimila lire per sentirti dire micio bello e bamboccione.

Se ti inoltrerai lungo le calate dei vecchi moli,
in quell'aria spessa, carica di sale, gonfia di odori,
lì ci troverai i ladri, gli assassini e il tipo strano,
quello che ha venduto per tremila lire sua madre a un nano.

Se tu penserai e giudicherai da buon borghese,
li condannerai a cinquemila anni, più le spese;
ma se capirai, se li cercherai fino in fondo,
se non sono gigli, son pur sempre figli,
vittime di questo mondo. ]

**********

HÔTEL SUPRAMONTE
[JI]

Et si tu vas à l'Hôtel Supramonte et que tu regardes le ciel
Tu verras une femme en feu et un homme solitaire
Et une lettre, si vraie de nuit et fausse de jour
Et puis excuses, accusations et excuses sans retour
Et maintenant tu voyages, tu vis et ris, ou tu as peur
Avec cet ordre discret dans le cœur
Mais où donc est ton amour, qu'as-tu fais de ton amour.

Grâce au ciel, j'ai une bouche pour boire et c'est difficile
Grâce à toi j'ai un navire à écrire, un train à perdre
Et une invitation à l'Hôtel Supramonte où j'ai vu la neige
Sur ton corps si doux de faim, si doux de soif
Cette gare passera aussi sans souffrance
Cette pluie douce passera comme passe la douleur
Mais où donc est ton amour, qu'as-tu fais de ton amour.

Maintenant je m'assieds à l'orée du bois qui porte ton nom
Aujourd'hui le temps c'est un homme distrait, c'est un enfant qui dort
Mais si tu t'éveilles et que tu as encore peur, retends-moi la main
Qu'importe si je suis tombé, si je suis loin
Parce que demain sera un jour long et jour de silence
Parce que demain sera un jour incertain de nuages et soleil
Mais où donc est ton cour, qu'as-tu fais de ton cœur.

[ E se vai all'Hotel Supramonte e guardi il cielo,
tu vedrai una donna in fiamme e un uomo solo,
e una lettera vera di notte, falsa di giorno
e poi scuse, e accuse e scuse, senza ritorno;
e ora viaggi, ridi, vivi o sei perduta,
col tuo ordine discreto dentro il cuore;
ma dove, dov'è il tuo amore,
ma dove è finito il tuo amore?

Grazie al cielo, ho una bocca per bere, e non è facile,
grazie a te, ho una barca da scrivere, ho un treno da perdere,
e un invito all'Hotel Supramonte dove ho visto la neve,
sul tuo corpo così dolce di fame, così dolce di sete;
passerà anche questa stazione senza far male,
passerà questa pioggia sottile come passa il dolore;
ma dove, dov'è il tuo cuore, ma dove è finito il tuo cuore?

E ora siedo sul letto del bosco, che ormai ha il tuo nome,
ora il tempo è un signore distratto, è un bambino che dorme;
ma se ti svegli e hai ancora paura, ridammi la mano,
cosa importa se sono caduto, se sono lontano;
perché domani sarà un giorno lungo e senza parole,
perché domani sarà un giorno incerto di nuvole e sole;
ma dove, dov'è il tuo amore, ma dove è finito il tuo amore? ]







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